Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p
LES POISSONS
lés ; quand il se gâte, ils n’approchent plus des lignes1. Dans le Mentonnais, on dit en coupant la tête des requins :
Requin qui perd la tête,
Tempête.
Si elle résiste :
Requin qui se défend,
Grand vent2.
Les phénomènes électriques sont en relation avec quelques espèces ; Du Bartas appelle l’alose : le Craint-foudre Coulac, et son commentateur ajoute qu’il cherche l’eau douce au printemps et en esté, mais que s’il oit le tonnerre il se retire vers la mer3. D’autres ont écrit que les aloses redoutaient ce bruit et s’enfonçaient dans les profondeurs de la vase dès qu’elles l’entendaient ; mais que des sons modérés leur étaient très agréables en certaines circonstances, et que des pêcheurs mettant à profit cette disposition, les attiraient quelquefois en attachant à leurs filets des arcs de bois garnis de clochettes4.
Les pêcheurs ne semblent pas convaincus de la réalité du proverbe : Muet comme un poisson. Ils racontent même que certains avaient autrefois le don de la parole ; le congre l’a perdue depuis que le homard, qu’il voulait manger, lui a coupé la langue avec ses pinces. Les gens du littoral interprètent à leur manière, assez rarement il est vrai, les sons que quelques poissons font entendre en mer, ou lorsqu’ils sont pris ; c’est ainsi que le grondin répète en grognant : « Ma femme est grosse I », que le maquereau bâtard se plaint et qu’il engage, par des rimes pleines de promesses, le pêcheur à le laisser s'en aller. Aux environs de Saint-Brieuc, des marins croient que les poissons parlent le jour de Pâques ; il y en a même qui affirment les avoir entendus, et qui assurent, qu’au lever du soleil et lorsqu’il disparaît sous les flots, ils lui adressent une prière. D’autres disent que chaque matin quand il se lève, beaucoup de poissons paraissent à la surface de l’eau, et sautent en l’air comme pour le saluer ; ils font la même chose quand il se couche. On dit aussi dans la même région que la mer fait constamment entendre une plainte ; elle pleure les enfants que les pêcheurs lui ont pris ; suivant quelques-uns ce bruit est produit par les poissons qui, à travers les vagues, sanglottent à cause de la mort de leurs frères5.
Les pêcheurs croient aussi que les poissons peuvent les comprendre,
1. Paul Sébillot. Tracl., t. II, p. 21t ; Le P. Fournier. Hydrographie , 1. XV, c. 32 ; Paul Sébillot. Légendes de la Mer , t. II, p. 270.