LES BÊTES SUPPLICIÉES
plus belle vache de l’étable, et l’on disait que celui sur lequel cet animal arrêtait son dernier regard mourait dans l’année. Dans la Montagne noire, si l’on avait tué une belette ayant ses petits, toute la nichée serait venue manger le linge jusque dans les armoires '. Aux environs de Tinténiac (Ille-et-Vilaine) où, contrairement à l’opinion ordinaire en Haute-Bretagne, les hérissons portent bonheur, on a grand soin de ne pas les tracasser 1 2.
Bien plus nombreuses sont les bêtes que les enfants et les adultes se plaisent â mettre à mort ou à tourmenter, tantôt en raison des méfaits, parfois imaginaires, dont ils les accusent, tantôt à cause de leur aspect ou de leur origine légendaire. En beaucoup de pays on tue et l’on torture les chauves-souris: dans le midi, on dit qu’elles sont les mouches de l’enfer ; quelques paysans de Haute-Bretagne, après les avoir martyrisées les clouent vivantes sur les portes, sous prétexte qu’elles dégradent les murs ; en Poitou les enfants leur grillent le nez, pour leur faire faire des grimaces; dans la Montagne Noire, celles qu’on jette sur le feu profèrent distinctement de grosses injures3 4. En Ille-et-Vilaine, on brûle quelquefois les hérissons à petit feu, ét les enfants poitevins les jettent à l’eau pour les faire se dérouler. En Normandie, on les détruit impitoyablement. Dans le Puy-de-Dôme, on tue les taupes, parce qu elles sont l’œuvre du diable
Au moyen âge, les animaux sauvages et parmi eux le loup, étaient parfois jugés et condamnés au dernier supplice :
Pour quoy pant on le lou ? Pour ce qu’il emble Tue et ravist plus que beste qui soit5.
C’est vraisemblablement l’origine des lieux dits : « Loup pendu » assez fréquents dans le voisinage des forêts. J’ai encore vu dans les Côtes-du-Nord vers 1860 un loup accroché à une haute branche d’un chêne au croisement d’un chemin vicinal et d’une route fores-
1. Variétés bibliographiques , t. I, col. 104; Habasque. Notions historiques sur les Côtes-du-Nord , t. I, p. 304 ; H. Le Carguet, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 26; Alex. Bouet. Breiz-Izel , t. III, p. 159 ; A. de Chesnel. Usages de la Montagne Noire, p. 23.