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LES COQUILLAGES

Sur le littoral trécorois on attribue à Dieu la création de l'ormeau et de l’huitre, et au Diable celle de la bernique (patelle) et de la moule ; c’est pour cela que les paysans rie mangent de celle-ci qu'avec une sorte de crainte2. Des légendes de la Manche française, racontent avec détail des épisodes de cette concurrence dualiste : lorsque Dieu eut créé les huîtres, le Diable lui dit que ses coquillages étaient bien laids, et Dieu ayant répondu qu’ils avaient en revanche un très bon goût, le Diable en mangea un, le trouva excellent, et se mit en devoir d’en fabriquer de semblables. Il s’y employa de son mieux, mais il ne parvint à créér que les fausses huîtres, connues sous le nom de hanards [Anomia ephippium), et que les pêcheurs maudissent. Suivant un autre récit, lorsque le Diable voulut goûter les huîtres, il mangea aussi la coque, car il ne savait pas les ouvrir et il les cracha avec dégoût ; alors le bon Dieu lui dit que ce n’était pas la coque qui était bonne, mais ce qui était dedans, et il commanda à l’une des huîtres d’ouvrir ses valves ; elle obéit, et le Diable fourra son doigt dedans pour attirer le poisson ; mais l’huître se referma en serrant si fortement le doigt du Diable qu’il se mit à jeter les hauts cris; il essaya d’en fabriquer de plus faciles à ouvrir, mais il ne put faire que des hanards 3.

En Haute-Bretagne, on dit qu’il y a trois vers dans le corps humain ; quand un homme se noie, chacun d’eux s’incarne dans un ossement, ces trois ossements se détachent du cadavre et, trois mois après, ils se transforment en coquillages ; les pécheurs disent, lorsqu’ils entendent parler d’une personne morte en mer : « Un homme de moins et trois coquillages en plus». Quelques marins de la Manche prétendent que le bernis (patelle) est un œil de noyé, et, qu’à la fin du monde, il lui poussera des ailes; alors il s’envolera et ira prendre sa place dans la tête dont il est sorti. On donne le nom de « bernis enragés » aux grosses patelles blanches: elles naissent sur le corps des noyés dont elles se nourrissent, et celui qui en mangerait pourrait être atteint de la rage. Les os d’un poisson mort deviennent de la pourriture s’il a fait le mal pendant sa vie ; si au contraire, il n’a pas été méchant, ils se

1. Paul Sébillot. Traditions, t. Il, p. 249 ; J. -B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 220 ; Paul Sébillot, ibid., t. V, p. 271.

2. G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. 1, p. 202. J’ai publié un petit volume sur les Coquillages de Mer. Maisonneuve, 1900, iu-12 elzévir, qui vise le Folk-Lore international, dont j’ai extrait en la condensant, une forte partie de cette section, qui ne s’occupe que des traditions françaises.

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