‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 336 sur 506 · LES COQUILLAGES · texte numérisé non relu

LES COQUILLAGES

changent en coquillages. Les vignots passent pour être les yeux des poissons ; les coques (bucardes) doivent leur origine aux écailles de la vieille, et les mançots ou manches de couteau (solens) au mâle de la vieille : au mois de décembre, ces poissons déposent leurs écailles sur le sable, où elles se métamorphosent en coques et en mançots 1 .

Les pêcheurs de la Basse-Normandie désignent l’anatife sous le nom de frai de canehote (canard) ; ils prétendent que dans les fortes marées d’équinoxe, lorsque l’Océan laisse à découvert de grandes étendues de plages, on peut entendre les cris du frai qui sort à demi de sa coquille2. En Haute-Bretagne, 1 anatife est un œuf de bernacbe, et il en sort un petit oiseau ; on y explique ainsi la naissance des macreuses : dans l’intérieur de la bernache se forme une fleur qui se transforme en un oiseau qui porte le même nom 3. D’autres marins croient qu’il y naît un poisson qui a exactement la forme d’un oiseau, et qui à certain moment abandonne son coquillage et prend sa volée4. Ch. Frérnine a raconté dans le Rappel du 23 décembre 1883, qu’il trouva en Basse- Normandie, jeté au plein, un énorme madrier entièrement couvert de superbes anatifes ; c’étaient de longs pédoncules d’où pendaient de jolies coquilles dont les valves montraient en s’entr’ouvrant le bec orange de l’oiseau mystérieux ; un douanier qui passait par là, distinguait nettement le plumage des jeunes canetons et il disait : C'est des « bénis (patelle) »; ils sont prêts à s’envoler! Sur les côtes de l’Océan, on croit que les moules, loin d’être immobiles, peuvent même voler ; si elles s’ennuient ou si elles éprouvent le besoin de changer de place, par une sombre nuit d’hiver, avec le flot qui monte, elles se portent aussi haut qu’elles peuvent sur le iocher qu’elles habitent, puis, profitant de la marée basse, elles prennent tout à coup leur volée 5.

On dit en Haute-Bretagne que Formée (ormier) est la plus grande ennemie de la crevette ; elle essaie de s’en emparer, mais elle y réussit rarement, et il lui est défendu de la manger, la crevette étant la protégée des génies de la mer. Les chats pourtant si friands de poisson, se gardent de toucher aux ormées, parcequ’ils savent que celui qui en avalerait une mourrait empoisonné6.

Les petits pêcheurs tirent des présages des coquilles qu’ils mettent sur l’eau ; celui dont la coquille reste à flot réussira, si elle coule, il sera malheureux : ils récitent une formulette en la lançant 7.

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