Paul Sébillot. Le Folk-Lore des pêcheurs, p
LES POISSONS
Le rôle des coquillages dans les coutumes semble peu important. On n’explique pas la raison de celle-ci, relevée à Guernesey, où le vendredi saint, les enfants ramassent des patelles, et vont les cuire sur les rochers. En Provence, les amoureux déposaient sur un autel une oreille de mrdone (ormier), dans un sachet, en faisant le serment d'être fidèles à celui dont ils prononçaient le nom. Sur plusieurs points de la côte, les cauris constituent, comme dans plusieurs pays de l'Orient et de l’Afrique, des espèces de monnaies ; à Audierne, où on les nomme « petits cochons », et où ils sont rares, on en échangeait cinq contre un sou1 2.
En Basse-Bretagne, certains coquillages prédisent l’heur ou le malheur: voir en même temps dans la maison d’un marin un prêtre, un limaçon terrestre et un bigorneau est un présage de disgrâce prochaine. Quand les pieds de couteau (solens) sont très abondants, sur les côtes de Tréguier, c’est l’annonce d’une guerre à bref délai ; les débris de navire garnis d’anatifes présagent un hiver très rude suivi d'une belle récolte. On prétendait au XVIIe siècle que lorsque les conques s’attachaient fortement aux rochers, c’était l’indice de quelque tempête pluvieuse ?.
Autrefois, les bateliers de Trebeurden avaient soin de renfermer des coquilles Saint Jacques dans un coffre à l’avant du bateau, et s’il s’élevait une tempête, chacun s'armait d’une coquille, et essayait de conjurer les vagues3 4.
En Provence, une coquille appelée à cause de sa forme Oreille de Madone, porte bonheur à celui qui l’approche de son oreille. Une vieille légende de la Charente-Inférieure veut que ceux qui mangent certaines moules cueillies sur ce rivage aient ensuite le désir ardent de ne plus quitter le pays U
En Normandie, l’eau dans laquelle on a fait cuire des moules semble avoir été considérée comme un aphodisiaque : on la versait dans l'oreille des vaches pour les faire entrer en amour à n'importe quelle saison de l’année 5.
L’ancienne médecine faisait un emploi fréquent de la chair des coquillages6. Au XVIe siècle, on pensait que les crabes, les moules et les huitres étaient efficaces contre la rage ; on dit encore sur les côtes de Bretagne que si un chien enragé peut avaler une huître fraîche, il
1. Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 45; Mme L. Figuier. Le Gardian de la Camargue , p. 64 ; Cotrnn. de M. Jos Le Carguet.
2. Paul Sébillot, in Bev. des T nid , pop.y t- II, p. 505 ; Le P. Fournier. Hydrographie , 1. XV, ch. 32.