Agrippa d’Aubigné. Les Tragiques, p
LES POISSONS
ajouter que quelques courts récits. Dans un parallèle de la fable du Rat et de l’Huître, recueilli aux environs de Saint-Malo, c’est le courlis qui est pris dans les valves du ricardeau (pecten jacobœus) qu’il voulait dévorer; on raconte en Basse-Bretagne que le loup, sur le conseil du renard, ayant mis sa langue sous une rangée de grosses patelles, celles-ci se laissèrent brusquement retomber, et prirent le loup. Autrefois un pêcheur de la Manche prit une coquille Saint-Jacques si grosse qu’il avait peine à la porter; c’était le roi des Poissons, qui lui promit s’il consentait à le remettre à l'eau, de lui faire faire des pêches abondantes ; les poissons, furieux contre lui, ne le voulurent plus comme chef et c'est depuis que le rouget est devenu leur roi1. Dans un conte mentonnais, un dragon qui garde une jeune fille dans un souterrain devient une moule pendant trois heures par jour. Un prince marié à une sorte de fée lui demande un bateau ; elle prend dans la mer une coquille Saint-Jacques, et quand elle l’a posée sur l’eau, elle se transforme en un petit navire qui marche comme le vent2.
Les pêcheurs de la Manche racontent cette petite fable : le vignot porte envie à deux grapillons (petits crabes) qui se promènent sur la grève, tandis que lui reste sur son rocher ; mais peu après la tempête s’élève, les grapillons se réfugient dans un trou, dont ils lui refusent l'entrée ; bientôt il en sort une pieuvre qui lui dit qu'elle vient de dévorer les deux petits crabes, et qu’elle va le transporter sur les herbiers sans lui faire de mal ; la pieuvre est attaquée à son Lour par un congre. Le vignot conclut philosophiquement qu’il ne porte plus envie à aucun poisson, et qu'étant tout petit il est moins exposé à être mangé 3.
1. Paul Sébillot. Contes , t. 111, p. 364; L.-F. Sauvé, iu Rev. des Trad. pop., t. I, p. 364 ; Paul Sébillot, ibid.. t. IX, p. 351.
2. J. -B. Andrews. Contes ligures, p. 30; Paul Sébillot, in Almanach du Phare. Nantes, 1860, p. 108.