PRÉSERVATIFS ET TALISMANS
préservent du tonnerre ; en Bourgogne on brûle, quand il gronde, des roses bénies à la Fête-Dieu; en Lorraine, les feuilles de noyer, cueillies avant le lever du soleil le jour Saint-Jean, en garantissent celui qui les porte ou l’habitation où on les conserve. Les paysans de la partie centrale des Côtes-du-Nord croient que s’ils ont sur leur chapeau une branche de laurier bénit, ils peuvent se promener sous l’orage en toute sécurité. Dans le Vivarais, le laurier brûlé constitue un préservatif pour la maison *. Dans un village des Deux-Sèvres, lorsque les rondes de la Saint-Jean sont finies, l'assemblée tout entière se met à genoux autour du bûcher et fait griller sur la cendre chaude une branche portant deux ou trois fruits; elle est conservée à côté des rameaux noyer de buis bénit et serve à asperger d’eau bénite les champs menacés d'orage. A Marseille celui qui a sur soi une noix ou une amande à trois coins est à l’abri de la foudre 2. Aux environs de Pontivy, le boucher place dans le charnier une branche d’aubépine et un clou pour empêcher la viande de se gâter pendant l’orage ; à Lorient un rameau suffit pour préserver le lait et la viande de la corruption 3.
Les arbres qui attirent le feu du ciel sont rares, et l’un des seuls exemples relevés jusqu’ici est destiné à empêcher les enfants de déchirer leurs vêtements : en Ille-et-Vilaine les mères leur disent que s’ils touchent aux fleurs de l’églantier la foudre tombera sur eux. On prétend dans le Doubs qu’elle frappe volontiers le poirier sauvage4.
Les branches de plusieurs arbres, parfois leur fruit, constituent pour les gens, les maisons ou leur voisinage, une protection efficace. En Vendée et en Anjou, un bâton’ de néflier met les sorciers en fuite, une branche au plafond des étables préserve le bétail des enchantements, et en Basse-Bretagne on en déposait parfois dans le berceau des enfants; àGuernesey porter une branche de mêlier sauvage donne de la chance à la mer et à la pêche. En Haute-Bretagne celui qui veut être fort, doit avoir sur lui une feuille ou une branchette de chêne4. A Guernesey pour se garantir de la sorcellerie, on allait autrefois à la nuit couper de petits morceaux d’une vieille épine que l’on portait sur soi ; ce talisman devait être pris sur une branche d’où sortaient trois éperons ; une ronce sacrée, appelée pied de chat, prise en ceinture, était tout aussi infaillible s.
1. X. de la Perraudière. Traditions locales, p. 3 ; E. Rolland. Flore pop. t. V, p. 250 ; Richard. Trad. de Lorraine , p. 236 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges, p. 1 88 ; Paul Sébillot. Trad., t. 11, p. 361 ; H. Vaschalde. Sup. du Vivarais, p. 17.
2. Léo Desaivre. Le Noyer, p. 5 ; Regis de la Golotnbière. Les cris de Murseille . p. 270.
3. François Marquer, in Rev, des Trad. pop. t. VU, p. 178 ; E. Rolland. Flore pop. t. V, p. 161.