E. Rolland, t. Y. p
5. E. Rollaud. Flore pop. t, V, p. 141 ; Victor Hugo. Les Travailleurs de la Mer, 1. 1, c. 7 ; Lucie de V.-Il. in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 160; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 414,424.
LES ARBRES
En Savoie, le sapin arrête les effets du mauvais œil, détourne les sorts et empêche la chute de la foudre. Pour cela il faut un sapin dont le bourgeon terminal ait été atrophié, ainsi qu un des six bourgeons du verlicelle supérieur ; les cinq bourgeons restants doivent avoir fourni cinq branches croissant verticalement et d'une manière plus ou moins parallèle, comme les doigts de la main. On coupe celte extrémité, on l’écorce et on taille ses branches à différentes hauteurs, pour lui donner l’aspect d’une main ouverte ; elle est alors placée, les extrémités en haut, au dessus de la porte, sur le toit des chalets ou des cabanes des bergers, des charbonniers et des bûcherons. Mais jamais il n’y a de croix fixée sur la porte, ces deux emblèmes ne peuvent se trouver ensemble1. La puissance du talisman est souvent en relation avec la Saint-Jean : Le matin de cette fête les jeunes filles du Roussillon placent en croix aux portes et aux fenêtres de leur maison, pour en interdire l’entrée aux mauvaises fées, des bouquets cueillis la veille dans la campagne. Cette coutume a une origine légendaire: une jeune fille éprise d’un beau montagnard qu'elle devait épouser, mit sur sa porte, sans y penser, deux bouquets de thym et de romarin formant une croix. Lorsque son fiancé vint, il n’osa entrer en prétextant que le bouquet avait la forme d’un aspic : « Ce n’est pas un aspic, répondit la belle, mais une croix ; les mauvaises personnes ont seules peur de la croix ». — « Hé bien ! je vais te l’avouer, je suis le démon qui venait chercher ton âme, et qui serait arrivé à ses fins sans ce maudit bouquet2». En Poitou, celui qui avant le soleil levé, avait collé à sa porte une croix de feuilles de noyer n’avait à craindre ni maladies ni peines jusqu'à la Saint-Jean prochaine, 'si elle y était encore à la nuit tombante; dans la même région, ainsi qu’en Saintonge, en Auvergne et en Languedoc, un petit rameau de noyer, cueilli et placé aussi avant le jour à toutes les portes et fenêtres des habitations et des étables porte bonheur à la maison, fait prospérer le bétail, ou préserve les moutons de la folie. Dans le Puy-de-Dôme, le rameau doit avoir été cueilli sur un arbre qui n’a pas encore donné de fruit. Le passage à travers le feu sacré confère une vertu particulière aux fragments d’arbres: en Poitou, pendant qu’il brûle, chacun agite au milieu de la flamme le bouquet de bouillon blanc et de feuilles de noyer ou la branche de chêne enguirlandée d'herbes de Saint-Jean, qui accroché le lendemain à la porte de l’étable en écartera la maladie. Dans différents lieux, on en frotte même les bestiaux ; en Lauraguais on suspend dans l’étable une branche de noyer que l’on a fait passer dans le feu traditionnel 3.