LES BAGUETTES
Dans quelques localités du Berry et de la Champagne, les bergères portent aux champs uu rameau d’aubépine, persuadées qu’il suffît à les protéger de l'enfer et de ses suppôts. A La Châtre, les hâtons blancs des pastoures, bénits le Vendredi blanc, servent pendant toute l’année à conduire et à compter les brebis ; ils sont en nombre impair et suspendus au plafond des bergeries où la fille vient les prendre au furet à mesure de ses besoins ; à Moissac on bénit, le jour des Rogations, de jeunes branches d’arbres dépouillées de leur écorce, qui constituent des préservatifs pour les récoltes. Le jour de la Sainte Croix, lés cultivateurs comtois faisaient bénir des faisceaux de croix de coudrier, préparés par les bergers, qui étaient ensuite placés dans les héritages. Les jeunes gens qui les trouvaient en moissonnant devaient se marier dans 1 année1. En Berry et dans les Vosges, la bergère qui tient une baguette de coudrier n’a rien à craindre des sorciers : en Saintonge, un bâton de cet arbuste coupé la veille de la Pentecôte préserve aussi des maléfices; en Haute-Bretagne, où il ne semble pas jouir de ce privilège, H a celui de dompter les vaches méchantes; en Touraine les verges destinées à conduire les bêtes doivent être coupées la veille de la Saint- Jean, mais avant le soleil levé2.
Le pouvoir en bien ou en mal des baguettes dépend de l’essence de 1 arbre auquel elles sont empruntées. Au XVIIe siècle, les sorciers sentaient surtout les coups lorsqu’ils étaient battus avec un bâton de sureau. Dans le pays fougerais, les serpents meurent dès qu’ils ont été touchés avec une branche de noisetier. Plusieurs espèces ne doivent pas être employées à conduire ou à corriger les bestiaux ; dans le Finistère on les ferait périr en les touchant, si légèrement que ce soit, avec une branche d’érable ou de sureau ; en Ille-et-Vilaine les vaches battues avec un rameau de bourdaine pissent le sang ; en Poitou, les brebis frappées avec des baguettes de cornouiller sanguin attrapent un coup de sang ; dans le Cher si les vachers, bergers ou porchers se servent d’un bâton d églantier pour frapper ou pour faire avancer leurs bêles, elles ne profiteront pas, parce que le diable les tourmentera3.
On n’a pas relevé de nos jours cette superstition qui figure dans un traité du XVIe siècle : Le figuier a cette vertu occulte qu’un taureau ellaré, sitôt qu il y est attaché, incontinent s’adoucit 4.
1. Laisnel de la Salle. Croyances du centre , t. I, p. 59, t. II, p 122-124 • re« bâtons sou t de coudrier, plus rarement de bouleau ; abbé Daux Croyances du Montalbanais , p. 8 ; M. Monmer, in Antiquaires de Frarw, t. IV, p. 387-388
rÜ!n« / la Salle, t. II, p. 123 ; E. Sou vestre. Les Anges du foyer Lemarié tanbotes Sainlongheaises, t. Il, p. 34; Paul Sébillot Tmd i il ’q,, Ta’ Pineau, in Rev. des Trad. pop., t. XIX p 478 bemüot- ltad *» L ü- P-«H3;Léon
gnet j c., p. 116, Léo Desaivre. Croyances , p. 6. E. Rolland, 1. c t V d 243 4. Maison rustique , 1597, liv. II, ch. 56. ’ ’ P’
LES ARBRES
Des fragments d’arbres, ou leurs fruits, constituent des porte-bonheur ou des talismans dont la vertu dépend, soit de 1 espèce à laquelle ils sont empruntés, soit de l’époque de la récolte. En Haute-Bretagne, un morceau de gui cueilli sur une épine blanche la nuit qui précède le tirage procure un bon numéro ; dans l’Yonne, un collier de lierre est porté six semaines avant cette opération ; en Wallonie un clou de noix appelé Saint Esprit, mis sous le talon gauche, a la même vertu; à Liège, on l’introduit sous sa bottine pour trouver de l’argent, ou simplement pour avoir de la chance. En quelques pays de b rance, on croit qu’un train ne peut dérailler s’il y a une branche de gui dans un de
ses wagons L .
Les bergères de la Saintonge attachaient, le matin de la Saint-Jean,
au cou de chacune de leurs brebis un bouquet de feuilles de noyer qui la garantissait pendant un an de tout maléfice ou incantation. En Haute-Bretagne, dans la Beauce, un collier' de chêne préserve les vaches de la cocotte 2. Dans le Bocage normand, celui qui porte, cousue au-dedans du gilet une petite branche de frêne avec un morceau d écorce d'orme est à l’abri des maléfices du sorcier. Depuis qu’elle a servi à couronnerlefrontde Jésus, l’épine blanche garantit des malignes influences. Dans les Côtes-du-Nord, celui qui a sur lui une fleur d’ajoncs n’a rien a craindre des lutins, qui croiraient nuire à ces fleurs dans lesquelles ils se retirent, s’ils s’attaquaient à celui qui se met sous leur protection 3.
11 ne semble pas que l’on croie actuellement à l’action des arbres sur l’humeur, dont parle un livre du XVe siècle, qui après avoir énuméré les propriétés médicales du romarin, son influence sur la beaute, etc., dit que ses branches font joyeux celui qui les porte sur soi . D’autres croyances paraissent aussi oubliées : Au XIII8 siècle, une branche d’agnus castus placée sous l’oreiller d’une personne la préservait des visions fantastiques. Vers l’époque de la Renaissance on disait : Ses feuilles, ses semences ou ses fleurs sont singulières pour ceux qui veulent vivre chastement ; mises en petits sachets et placées sur les reins dans le lit, ell es aident à garder chasteté, ce qui est cause quen plusieurs pays on le voit planté presque en tous les cloistres de Moynes. Si l’on porte sur soi une feuille d’agnus castus on ne se lassera pas beaucoup en cheminant 5.
1. Paul Sébillot. Notes *»r les trad ., p, 18 ; G. Moiset. Usages de l’Yon^V- - JM
O. Colson, in Wallonia , t.. 11 1, P- 30 ; A. Hoçk - Croyances, p. . bl, en^ays ™ Ion, il porte aussi bonheur1 si on l avale sans le mâcher , ( . PP*
t. IV, p. 50) ; Rev. des Trad. pop., t. X, p. 68t. cxhiiini Tend
2. J.-M. Noguès. Mœurs s d'autrefois en Samlonge , p. 182 , Paul Sébillot. Tiad.,
t. II, p. 313 ; Félix Chapioeau. Le F.-L. de la Beauce, t. 1, p. -87.
3. J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. I, p. 303 ; Laisnel de la Salle, t. , p. ,
Lecœur, 1. c., p. 305 ; Lucie de V.-H., m Rev. des Trad. pop., t. XX, p. - .