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ESSENCES NUISIBLES

D'autres arbres, parmi lesquels le noyer tient le premier rang, sont au contraire pernicieux. Les paysans du Maine disent que si ses racines pénètrent dans l’écurie ou les toits à porcs les animaux périssent ; elles sont aussi dangereuses pour les maisons, et cette dernière croyance existe dans le Morbihan. En Haute-Bretagne, les cochons dont les étables sont trop voisines de cet arbre crèvent ou ne profitent pas. D'après une opinion très répandue, il faut même éviter de séjourner sous ses rameaux; mais on connaît des moyens de neutraliser cette malfaisance : dans l’Ailier, si l’on brise une de ses branches, on « le blesse » comme on dit, et l’on peut sans danger prendre son repas à ses pieds. Dans l’Ardèche, pour éviter la fluxion de poitrine on doit quand on s’est reposé sous un noyer, lancer une pierre contre lui. Celui qui s’endort à ses pieds éprouve aussi de graves inconvénients: dans la Corrèze, il se réveille.avec la fièvre quarte. On croit dans la Gironde que la nuit on peut séjourner impunément dessous, parce que sans doute il n’y a plus d’ombre ; dans les Deux-Sèvres celle ci est même saine après le soleil couché *.

Au XVIe siècle, un autre arbre qui n’a pas aussi mauvaise réputation était dangereux en certains cas : Celui qui a esté autrefois atteint de morsure de chien enragé ne doit dormir ou reposer sous l’ombre d’un cormier; autrement il sera en danger de] retourner en sa première rage : telle vertu a le cormier d’exciter ou renouveller une rage assoupie. Il y a une centaine d’années ce préjugé existait encore en Bresse, où l’on détruisait le sorbier, parce que si un homme ou un chien mordu par un animal enragé s’arrêtait dessous, il n’en fallait pas plus pour qu’il eût sur le champ un accès de rage 2.

Le parfum de fleurs ou de fruits peut être nuisible à la santé ou porter malheur. Dans le Bocage normand, l’odeur de I9, rose de chien rend phtisique celui qui la respire, ou elle lui donne la rage ; dans la Drôme la jeune fille qui touche à la baie de l’églantier tombera du haut mal. On croit dans le Mentonnais que l’épousée à laquelle le marié offre un bouquet de jasmin mourra dans l’année 3.

La ressemblance entre la forme des graines et celle des insectes auxquels elles passent pour donner plus ou moins directement naissance, a vraisemblablement suggéré la superstition d’après laquelle ils se trouvent dans les fruits, ou s’attachent àceux quiles ont mangés. On disait en Dauphiné à la fin du XVIIIe siècle que le figuier engendrait

1. G. Dottin. Les Parlers du Bas-Maine, p. 372 ; E. Rolland. Flore pop., t. IV, p. 59; Paul Sébillot. Trad. t. II, p. 319; E. Rolland, 1. c. p. 53; Fr. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 25; B. Souché. Proverbes, p. 24.

2. Maison l'ustique, 1597, 1. H, ch. 40 ; E. Rolland. Flore pop., t. V, p. 114, d’a. l’Annuaire de l’Ain, pour l’an IX.

3. J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. II, p, 119 ; E. Rolland. Flore pop., t. V, p. 243 ; J. -B. Andrews, in Bev. des Trad. pop., t. IX, p. 116.

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des poux ; on attribue cette fâcheuse propriété en Haute-Bretagne aux graines de la baie de l’églantier, et en Hainaut à celle de l'aubépine. Quelquefois les adultes, sans croire précisément à cette espèce de génération spontanée, en parlent aux enfants pour les détourner de toucher aux fruits qui ne sont pas encore mûrs ; c’est pour cela qu'on leur dit en Provence qu’il attraperont despoux en mangeant des poires sauvages, ou bien, comme en Haute-Bretagne, des pommes vertes ou des châtaignes crues : en Beauce on attribue, comme au XVIe siècle, ce privilège à ce dernier fruit *.

L’interdiction de manger des pommes à certains jours se rattache probablement à une idée de mortification : on doit s’en abstenir, le Vendredi saint, en mémoire de Jésus-Christ auquel on a offert du vinaigre ce jour-là ; dans le pays de Spa, et à Liège, celui qui enfreint cette défense aura des clous pendant l’année1 2. Le même inconvénient atteint dans le pays de Neuchâtel celui qui en mange à Noël, en Wallonie, la veille de Noël ; dans l’Yonne, entre Noël et le jour de l’an ; en Wallonie il faut aussi, sous peine d’avoir des furoncles l’année suivante, s?en priver le mercredi des Cendres et le Jeudi Saint 3.

Suivant leur espèce, les arbres employés au chauffage ou à la construction exercent une influence bonne ou mauvaise. Dans le Tarn, il ne faut pâs faire du feu avec du sureau, ou la poule cesse de pondre des œufs ; le lait de la nourrice qui se trouve dans une maison où l’on brûle du figuier tarira ou deviendra de mauvaise qualité. En Périgord, la souche de Noël doit être de prunier, de chêne ou de cerisier. Les Chargh’rods, qui forment dansl’Allier un ilôt ethnique supposéd’origine orientale, la choisissent de préférence, afin qu’elleporte bonheur, dans le pied d’un sapin qui aura été renversé par le vent ou brisé par la foudre 4 5. A Guernesey la blanche épine, qui est le roi des bois, ne doit pas servir à des usages vulgaires ; le navire dans la construction duquel on en ferait entrer un morceau serait infailliblement perdu ou tout au moins subirait des avaries. En Basse-Bretagne, le bois de chêne est un talisman contre les mauvais esprits ; l’un de ceux-ci ne peut rien contre un bateau construit avec cette essence6.

1. Chabert. Les Plantes sauvages en Savoie , p. 61 ; Paul Sébillot. Trad. t. II. p. 314; A. Harou. Le F.-L. de Godarville, p. 24 ;,Lou Cascarelet, in Armana prouvençau, 1890; Paul Sébillot, 1. c. p. 321, 311 ; Félix Chapiseau.Le F.-L. de la Beauce, t. I, p. 286 ; Joubert. Seconde partie des erreurs, p. 186.

2. Albin Body, in Wallonia, t. Vil, p. 191 ; Alfred Harou, in Rev. desTrad. pop. t. XVII, p. 599.

3. E. Rolland. Flore pop. t. V, p. 86 ; E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 116 ; E- Rolland. 1. c. E. Monseur, 1. c.

4. A. de Chesnel. Usages de là Montagne Noire, p. 373 ; W. de Taillefer. Antiquités de Vésone, t. I. p. 241 ; F. Pérot, in Rev. des Trad. pop. t. XIX, p. 50.

5. E. Mac Culloch. Guemsey Folk-Lore, p. 414 ; A. Le Braz. Légende de la Mort, t.

II, p. 18. Jadis chez les peuples Scandinaves une partie des bateaux était faite en sor-

INFLUENCE STJjR LE PHYSIQUE

Certains actes pratiqués sous des arbres de diverses espèces procurent des avantages ou amènent l’accomplissement de vœux. Dans la Gironde, lorsque le premier enfant est un garçon, et qu’on désire plus tard avoir des filles, il faut lui couper les premiers ongles sous un rosier. La même opération faite sous un rosier blanc, un jasmin ou un figuier assure à l’enfant une belle voix *. En Anjou, en raison d'idées analogiques, pour qu’un enfant n’ait pas le teint pâle, on l'expose., peu de temps après sa naissance, le nombril à l’air, sous un rosier de couleur. On enterre aussi son cordon ombilical au pied d’un rosier à fleurs blanches, si l’on veut qu’il ait le teint mat et distingué ; à fleurs roses si l’on veut qu’il ait des couleurs fraiches et à fleurs rouges si l’on désire qu’il ait des couleurs vives. Si on l’enterrait au pied d’un cep de vigne, l’enfant deviendrait ivrogne2.

Au XVe siècle, plusieurs observances en rapport avec les arbres avaient de l’influence sur le physique : Pour faire avoir aux enfans cheveux crespez, tantost après qu’ilz sont desobez, il convient laver leur chief de vin blanc et en leur baing soit mise la rachine de blanche vigne... Quant l’enfant est nouvellement né et avant qu’il suche la mamelle, se on lui donne à mengier d’une pomme cuitte, jamais, après, toute sa vie, il n’en sera si luffres ne gourmant à table, en boire et en mengier, et si en sera plus courtois en fais et en parolle entre les dames. A la même époque, des fruits mettaient à l’abri de l’ivresse : Qui veult boire de toutes manières de vins sans estre yvre, il ne fault que se desjuner d’une pomme sure au matin et boire un trait de fresche eaue 3.

Plusieurs croyances s’attachent aux fruits doubles : en Poitou, il faut, sous peine de malheur, ne manger que la moitié de celui qui est besah. Ce préjugé s’explique moins que celui qui, par analogisme, établit une relation entre les naissances gémellaires et les fruits doubles : en Poitou la femme qui en aura mangé un ayant deux noyaux sous la même enveloppe aura deux jumeaux; à Menton, il suffit pour cela que la femme étant enceinte trouve un fruit double 4.

Suivant un dicton du Poitou et du Bocage vendéen, l'homme qui mange sept cormes vertes devient femme ; dans l'Aude, on l’explique d’une façon assez rationnelle; quand un homme dit: Je voudrais bien être

hier, alors qu’en Islande il passait pour avoir une mauvise influence, qu’il était nécessaire de contrebalancer en y mettant du saule ou du genévrier (Thorpe. Northern Mythology , App. 228 ; F. S. Bassett. Leyends of the Sea , p. 433).

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