LA SORCELLERIE
ennemi à petit feu, il faut, à une heure de l'après-midi, mettre en croix deux feuilles de laurier et les maintenir dans cette position au moyen d’une épingle. Tous les jours, à la même heure, on piquera cette croix de deux épingles, l’une en long et l’autre en large, en disant : « Je te pique au cœur pour le mal que tu me fais ». Lorsqu’elle sera garnie d’épingles, on ira la jeter dans un cours d’eau ; alors la personne contre qui est fait le maléfice ressentira dans le cœur des piqûres atroces et mourra. A Marseille, on garnit une pomme d’épingles comme une pelote et tout autour: autant de piqûres faites au fruit, autant de blessures faites au cœur de l’ennemi qui ne tarde pas à succomber. Un sorcier du Bocage vendéen avait enjominé deux jeunes gens d'une ferme en tordant en forme d’anneau un jet de chêne de l’année qui pendait au-dessus de l’endroit où ils passaient journellement ; pour détruire le maléfice, il fallait couper la branche tordue, sans être vu, puis la brûler '.
A Guernesey, le « désorcelleur » qui prétend avoir le pouvoir de détruire les conjurations des sorcières, se rend avec leur infortunée victime à quelque aubépine remarquable, et c’est là qu’il procède aux cérémonies et aux incantations qui doivent délivrer le patient ; cette opération devait être faite avant le lever du soleil1 2. C’est peut-être à une pratique de ce genre que fait allusion un roman du XVIIe siècle, qui représente un homme qui, pour se débarrasser du nouement d’aiguillette, trace, avant l’aurore, un cercle, appelle les démons, et entoure un arbre de ses bras en prononçant certaines paroles3.
Les adeptes de la sorcellerie affectionnent certains arbres : dans un conte mentonnais, c’est sous un noyer que les sorcières font le sabbat 4. Le néflier présente vers le mois de mai un phénomène qui a fait croire à des gens superstitieux que le diable venait gauler ou mutiler les bourgeons et détruire la récolte de ceux qu’on oubliait de bénir le 1er mai ; la flétrissure et la chute des sommités d’un certain nombre de bourgeons vers cette époque, mais non à jour fixe, est due en réalité à un insecte dont la larve se nourrit de bourgeons. Dans le pays de Baugé (Maine-et-Loire), les sorciers qui, pendant la première nuit de mai, se livrentdes combats, ébourgeonnent et effeuillent dans leurs chevauchées des néfliers, et le lendemain les feuilles qui n’ont pas été arrachées, se sont entièrement fanées à leur contact impur ; dans la Mayenne on croit qu’à cette même époque, ils ont le pouvoir de rompre d'un signe, la tête de tous ces arbres ; dans le Loiret, pour les préserver
1. G. de Mensignac. Sup. de la Gironde , p. 86; Regis de la Colombière. Les Cris de Marseille , p. 281 ; Jehan de la Chesnaye, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 468.