‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 380 sur 506 · Noël du Fail. Œuvres faôétiêuSés, t. I,jp. 6l · texte numérisé non relu

Noël du Fail. Œuvres faôétiêuSés, t. I,jp. 6l

LES ARBRES

tantôt menaçantes, tantôt pleines de promesses, adressées au bois luimême1. A. Arcachon, les enfants pratiquent une entaille dans la « peau des lauriers» et y insèrent une feuille en travers ; ce petit sifflet produit un bourdonnement qui rappelle celui des cigales. En Haute-Bretagne, le « coq » est fait avec un petit morceau de bois fendu à l’une de ses extrémités ; on y introduit une feuille de lierre ou de laurier pliée en plusieurs fois ; en soufflant dans cet instrument, on obtient un son assez doux ; cette musiquette est connue dans l’Aube, et dans quelques autres pays. Les pâ.tours haut-bretons entaillent la peau extérieure du revers de la feuille du houx, de manière à ne pas la percer et à y faire trois entailles, dont celle du milieu est la plus grande ; on la place devant sa bouche, et en soufflant on produit un son assez doux. En Wallonie et en Champagne, les enfants se font un appel ou pipeau en usant sur une pierre, de façon à former deux trous, des noyaux de prune, de cerise ou d’abricot. En Haute-Bretagne on confectionne la grenouille en couvrant une demi-coque de noix d'un parchemin ou d’un papier huilé: on y fait passer un crin de cheval assez long, qui tient à un morceau de bois ; si on fait tourner la coque après avoir mouillé le crin, on entend un bruit qui a de l’analogie avec le coassement de la grenouille 2.

Un ancien auteur, auquel on doit de précieux détails sur la vie rustique de la Haute-Bretagne au XVIe siècle, nous a conservé la liste de quelques instruments de balistique destinés à l’amusement des enfants ; c’étaient « une sarbataine de seuz, un arc de saule, et la flèche d’une chenevote, ou bien une petite arbaleste, et le traict empenné de papier 3 ». Voici comment on fabrique le premier de ces objets qui est encore d’un usage courant en beaucoup de pays : dans un fragment de sureau dont la moelle a été enlevée, on introduit à frottement des petites balles de chanvre mouillé, puis l’on fait entrer dans ce cylindre un morceau de bois garni de chanvre ; il pousse violemment les balles

1. Blavignac. L'Empro genevois, p. 117-118 ; Léo Desaivre. Formulettes du Poitou, p. 3-4 ; E. Rolland. Rimes et Jeux de l'Enfance , p. 347-351 ; A. Desrousseaux. Mœurs de la Flandre française, t. I, p. 246 ; F. Fertiault, in Rev. des Trad. pop., t. II, p. 329 ; Ch. Beauquier, ibid, p. 437-438 ; L. Morin, ibid, t. XIII, p. 206 ; A. Dauzat, ibid., p. 394; Léon Pineau. Le F .-L. du Poitou, p. 466; E. Rolland, in Mélusine, t. X, col. 205-211 ; J. Jeanjaquet, in Archives suisses des Trad., pop., t. IX, p. 60-64 ; Louis Lambert. Chants populaires du Languedoc, t. I, p. 437-438.

2. Daniel Bourchenin, in Rev. des Trad. pop., t. 1, p. 361 ; Paul Sébillot, ibid, t. VIH, p. 151 : L. Morin, ibid, t. XIII, p. 207 ; Paul Sébillot. Coutumes, p. 41 ; E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 100 ; L. Morin, I. c. ; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. VIII, p. 152.

3. Noël du Fail. Œuvres facétieuses , t. I, p. 61. Une gravure du XVIe siècle reproduite par Henry d’Allemagne. Histoire des Jouets, s. d. in-f. p. 199, représente des enfants qui jouent à la cannonière et à la glissoire en se servant d'instruments semblables à ceux encore en usage chez les rustiques.

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