JOUETS ET USTENSILES
qui en s’échappant produisent un bruit qui a fait donner à cet instrument le nom de pétoire. On y connaît aussi les petites seringues de bois qui, d’après le Glossaire des Noëls de La Monnoye, s’appelaient Chiccle , du bruit qu’elles font lorsque jaillit la liqueur qui y est contenue. L’arc de sureau et les arbalètes sont bien connus aux environs de Rennes, ainsi que le trait qui, au lieu d’être empenné de papier, est empenné de plumes de coq. Une espèce de fronde, dite Affiloire, (affiler = lancer) consiste en un morceau de saule fendu à l’une de ses extrémités, et maintenu ouvert au moyen d’une petite pièce de bois; on y introduit à frottement une pierre ronde, qui, après avoir été balancée, s’échappe en décrivant une forte 'parabole, et va parfois tomber à plus de cent mètres *.
Avec des groseilles ou d’autres fruits on obtient un joujou analogue à celui qui était ainsi décrit au commencement du siècle dernier : On vide un grain de raisin en le suçant, puis on le remplit d’eau ; ensuite on le tient entre ses doigts en bouchant l’ouverture : on le pique et il en sort un charmant petit jet d’eau2.
Un jouet très populaire consiste à introduire dans une noix ou une noisette percée de deux trous verticaux une tige ayant au bout postérieur un marron ou une pomme qui forme contrepoids ; si on tire sur une ficelle enroulée autour et dont l’extrémité passe par un trou horizontal de la coque, on fait tourner cette tige qui se termine parfois par des ailes en bois. Agrippa d’Aubigné y fait allusion :
La jeunesse. . .
Rit en faisant virer un moulinet de noix.
Et une gravure du XVIe siècle montre que l’instrument était à peu près semblable à celui qui est encore usité à la campagne 3.
Les fruits servent aussi à fabriquer des ustensiles minuscules à l’imitation de ceux des adultes; il suffira d’en noter quelques-uns. Les enfants font des balances avec des coques de noix suspendues avec des fils ; des paniers avec des noyaux de cerises ou d’abricots, des paniers, des écuelles, des marmites, des pipes, etc., avec des glands. Les queues de cerises enlacées forment des lacs d’amour, et on les emploie aussi à confectionner des guillotines à mouches. Avec des pommes on obtient des découpages qui s’emboîtent ou des moulins à pomme ; des moitiés de noix dont on a enlevé l’intérieur sont mises à flotter sur l’eau, et parfois on y plante un mât auquel une feuille sert de voile4.
1. L. Morin, ibid, t. XIII, p. 205 ; A. Ponchon, ibid, t. IX, p. 468 ; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop. t. VIII, p. 148-151.