LA SANTÉ ET LA MÉDECINE
On attribue aux fragments de plusieurs arbres des vertus prophylactiques qui tiennent soit à leur espèce, soit à des particularités dé diverses natures. En Basse-Normandie les chapelets dé gui préservent les enfants des convulsions, et même de l’épilepsie ; dans la Gironde, pour faciliter la dentition, on leur met un collier de racines de lierre, vertes et en nombre impair. En Poitou, celui qui porte dâüs sa poche l’excroissance appelée pomme d’arliantin, trouvée sâns la Chercher sür un rosier sauvage, est à l’abri du mal de dents. En Normandie, en Haute-Bretagne, en Poitou etc., on est garanti des hémorrhoïdes si l’on a sur soi quelques marrons d’Inde, â Marseille une noix oü une amande à trois coins ; dans la Mayenne, en Hautes-Bretagne les marrons préservent de la goutte et des rhumatismes ; en Wallonie, des vertiges 3.
Une sorte de consécration chrétienne Semble nécessaire pour donner toute leur efficacité a qUelques-uns de Ces talismans. Les bergers de Civray conservent précieusement, comme préservatif contre les épizooties une baguette de noisetier coupée la veille du 24 Juin, à laquelle pend Un nœud d’herbe de la Saint-Jean orné d’une noix qu'ils ont passée dans les flammes du feu traditionnel. En Provence, à la fête dè Saint Césaire on fait bénir des pêches dont les noyaux sont efficaces contre les fièvres, et què les femmes portent pour être préservées de
1. Mme Vaugeois, ibid, t. XIII, p. 17, cf. sur des jeux parallèles • E. Rolland. Flore pop. , t.V, p. 343, 341 ; Les Evangiles des Quenouilles, I, 16.
2. L. Morin, in Rev-, dès Trâd pop., t. XIII, p; 21 2 ; DestoUsseaux. Mœurs de la Flandre , t. I, p. 101-103.
3. J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. I, p. 306 ; F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 34 ; B. Souché. Croyances, p. 18 ; L. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 3t5 ; Dr Louradour-Ponteil, in Rev. des Trad. pop. t. XIII, p. 267 ; A. Hock. Croyances, p. 126; Régis de la Colombière. Cris de Marseille , p. 27Û ; E. Rolland, 1. à., t. III, p. 138.
LES ARBRES
tout malheur. Dans la vallée d’Aoste, les pommes bénies le dimanche des Rameaux garantissent du mal de gorge1.
Suivant une croyance très répandue, on peut se débarrasser des maladies en les transmettant à des arbres. Le procédé qui consiste à les y attacher est l’un des plus fréquents. Au XVIIe siècle, l’usage de se liera leurs troncs avec une corde ou quelque autre lien de bois ou de paille, et de demeurer quelque temps en cet état, pour être guéri des fièvres, était assez fréquent ; d’après certains, il fallait opérer de grand matin, à jeun, mordre l’écorce avant de se retirer et laisser pourrir le lien. Ce mode de transmission est toujours en vigueur, et ceux qui l’emploient pensent quel’arbredoit éprouver les inconvénients qu’aurait éprouvés le malade s’il n'avait pas eu recours à ce moyen. Dans la Brie, vers 1830, celui qui souffrait d’une fièvre rebelle allait secrètement, avant le lever du soleil, attacher son bras avec trois fils de soie à un arbre fruitier, ou dans quelques communes, à un arbre forestier, avec une hart d’osier ou un lien de paille ; il disait ensuite avec ferveur trois Pater et trois Ave , et répétait trois fois :
Fièvre, fièvre, reste là Jusqu’à ce qu’on te cherchera.
Le plus profond mystère était indispensable ; si l’acte n’avait été vu de personne, la guérison était certaine, et l'arbre se flétrissait et séchait sur pied 2 3. Dans le pays de Liège, pour guérir, sans retour, la fièvre tierce, on attachait au petit point du jour, après quelques formalités préliminaires, un bout de cordon au premier arbre qui se trouvait à quelque distance de la maison; des cordes de violon neuves, qui avaient entouré des gens affligés de maux de gorge étaient nouées solidement aux arbres dans les vergers ou dans les bois ; on voyait assez souvent, dans les vergers, des liens de paille tournés autour des troncs, à des hauteurs ne dépassant pas celle d’un homme ordinaire ; celui qui voulait essayer, pour lui-même ou pour autrui, ce moyen de guérison, fixait sur l’arbre, vers la hauteur de la partie malade, un lien qui devait l’avoir touchée et il récitait une prière quelconque ; mais, sitôt la ligature faite, il s’enfuyait à toutes jambes ; on recommandait aux enfants, sous peine d’attraper le mal, de ne pas y toucher \ Parfois cette pratique est précédée d’ablutions à une fontaine. Voici quelques faits à ajouter à ceux que j’ai notés, t. II, p. 301. Vers 1830, le résultat du pèlerinage fait à l’une de celles de la Picardie n'était complet qu’autant que le sort, le maléfice, la fièvre avait été lié avec une hart en bois, en jonc, ou en herbe : aussi voyait-on tout autour des troncs d’arbres
1. Léo Desaivre. Le ISioyer et le Pommier , p. 4 ; Bull. arch. du Comité hist. t. II, 1842-1843, p. 497 ; J. -J. Christillin. Dans la Vallaise , p. 281.
2. J.-B. Thiers. Traité des Sup. t. I, p. 378; Ladoucette. Mélanges , p. 40.