USAGES MÉDICAUX DE FRAGMENTS
de ce petit métier dansaient autour de l’arbre en marmottant des oraisons tirées d un manuel inconnu1. Ainsi qu’on l'a vu, les enfants affligés de cette infirmité étaient autrefois passés à travers un arbre.
La médecine empirique fait grand usage des feuilles ou des fruits des arbres. Ils servent à confectionner des breuvages ou à produire des eaux qui sont employées en lotions. Je me contenterai de choisir parmi ces nombreuses pratiques celles auxquelles le pouvoir de guérir est attribué, soit en raison des circonstances qui ont accompagné leur récolte ou leur préparation, soit à cause de la vertu particulière à l’essence.
En Wallonie, les noix cueillies la nuit de la Saint-Jean et macérées guéiissent les coliques ; en Basse-Normandie la fleur de sureau ramassée la veille de cette fête fait rapidement disparaître l’érysipèle et les anaux d yeux. En Haute-Bretagne, cueillie le jour de la fête, elle est, en infusion, efficace contre le mal de tête et l’ophtalmie2. Le gui de chêne macéré dans du vin blanc est employé aux environs d’Autun contre le mal caduc , celui d aubépine contre 1 hydropisie : on le fait bouillir, concurremment avec de la racine de chardon blanc, dans deux bouteilles de vin blanc, et on en boit tous les matins à jeun. Dans le Bocage normand, les boules de gui trempées dans l’urine d'un petit enfant mâle et placées sur la tête du malade, en récitant une formule secrète, le guérissent de la jaunisse. Dans le pays fougerais, le gui d épine bouilli et bu en décoction neuf matins de rang et à jeun est aussi souverain contre cette maladie. Le gui d’épines guérit de la quinte les enfants du Bocage qui le boivent bouilli dans du lait de jument , une bouillie de gui leur fait passer le muguet3. Une racine de genêt bouillie était employée dans le Finistère contre l’enflure. Dans la région des Pyrénées, la sève d une branche d’aune, cueillie le 10 mars avant le jour, et, exprimée dans l'eau pascale, est efficace contre les influences malignes. Dans la Gironde on détruit les taches de rousseui en les lavant avec les pleurs de la vigne avant le lever du soleil.
1 our faire passer les verrues, on lave aussi, avant l’aurore ses mains dans une infusion où l'osier aura trempé pendant neuf jours4. En Illeet-Vdaine, on boit à jeun, pour se purger, une décoction de la seconde
1. L.-F. Sauvé, in Rev. Cell ., t. V, p. 71-72; L. de Vesly. Légendes et supersli. Gcws. R°uen, 1893, p. 4; A. Bessières. Préjugés sur les maladies de l'enfance , cit. in Mélusine, t. I, col. 32.
2. A. Ilarou, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 399; J. Lecœur. Esquisses du Bocaqe normand , t. II, p. 106; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 256.
3. D Paul Bidault. Sup. méd. du Morvan, p. 28, 37 ; J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. II, p. 105 ; A. Dagnet. Au pays fougerais, p. 13.
4. Catnbry. Voyage dans le Finistère, p. 125 ; E. Cordier. Légendes des Hautes- Pyrénées, p. 68 ; C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 163; F. Daleau. Trad . de la Gironde, p. 46.
peluche du sureau cueillie à la nouvelle lune. A Guernesey, l’orgeolet, qui y porte le nom de « laurier » est guéri par des lotions faites avec une infusion de feuilles de laurier
Dans le pays de Liège, en cas de pleurésie, on fait un trou dans une pomme et après y avoir introduit un morceau d’encens, on la cuit et on la fait manger au malade 1 2.
L’écorce de certains arbres possède, comme la poussière prise à des pierres ou à des statues vénérées, des vertus guérissantes. La croyance est probablement ancienne ; on la trouve constatée au XVIe siècle dans un pamphlet protestant ; il parle de « deux merciers qui mirent Nostre Dame de la Mer Rouge en la Brenne dans un nid de pie, et firent manger et emporter au peuple par dévotion, un gros chesne jusques à la racine3 ». Plusieurs exemples de cette pratique ont été relevés de nos jours: On prenait pour se guérir des fièvres un morceau de l’écorce d’un chêne séculaire près d’une chapelle à l’entrée du bois de Monthorin (Ille-et-Vilaine) ; on venait de fort loin en pèlerinage au Chêne des Prières, à la Chapelle-Janson ; il suffisait d’enlever un petit morceau de son écorce rugueuse après y avoir fait un signe de croix. La pelure des aubépines plantées devant la chapelle de N.-D. de Lignou a la vertu de chasser les maladies ; les pèlerins en emportaient des fragments qui entraient dans la composition d'un sachet destiné à être mis au cou des malades 4 5.
L’eau retenue dans une sorte de cuve entre les branches d’un vieux chêne de Normandie a des propriétés analogues à celle qui se conserve dans certaines pierres à bassins 3.
A la fin du XVIIIe siècle, les paysans bretons appliquaient sur la dent malade une noix aussi chaude qu’on pouvait la supporter ; la douleur passait et la dent tombait en morceaux. En Poitou on fait griller dans le feu de la Saint-Jean, des noix fraîches, encore attachées à la branche, et on y mord quand elles sont toutes chaudes 6.
Le genêt, qui est associé à tant d’observances, est aussi efficace pour les coupures ; les paysans du Finistère râpent la deuxième écorce, et la posent sur la plaie ; en Ille-et-Vilaine, on la guérit aussi avec cette peluche, mais elle doit être cueillie dans le second tiers de la hauteur totale de l’arbrisseau ; en d’autres parties de la Haute-Bretagne, la pellicule la plus rapprochée du bois les cicatrise ou étanche le sang.
1. G. Le Calvez, iu Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 91 ; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore , p. 505.