A. -S. Morin. Le Prêtre et le Sorcier , p
2. H. Gaidoz. Rome et Congo , Ext. de la Revue de l’hist. des religions, t.VII (1883), p. 8.
3. L. Morin, in Rev. des Trad. 'populaires , t. Xll, p. 462 ; Beauchet-Filleau. Pèl. du diocèse de Poitiers, p. 349.
4. L. de Vesly, in Bull, de la Soc. d'émulation de la Seine-Inférieure, 1892, p. 232.
l’enfoncement DU CLOU ST LA FRICTION
On connaît plusieurs exemples de clous fichés dans les arbres ; quelques-uns y étaient fixés dans un but rituel dont le sens n'est pas toujours très clair. Non loin d’Angers, un chêne nommé Lapalud, que l’on regardait comme aussi vieux que la ville, était couvert de clous jusqu’à la hauteur de dix pieds environ ; un usage immémorial voulait que chaque ouvrier charpentier, menuisier ou maçon qui passait près de ce chêne, y fichât un clou1. A Beines, un vieil orme était l’objet d’une coutume apparentée: lorsque les conscrits de Chablis partaient, leurs camarades et ceux de la conscription suivante les accompagnaient, tambour en tête et en chantant, jusqu’à Beines, qui est à six kilomètres ; arrivée devant l’orme, la troupe s’arrêtait ; chacun des conscrits plantait dans l’arbre un clou qu’il avait fait fabriquer et qui souvent portait son nom ; après quoi on buvait la dernière bouteille, on se donnait la dernière accolade et l’on se séparait ; si la tète cassait avant le retour du conscrit, on considérait qu’il lui arriverait malheur. Depuis quelques années, la «reconduite » ne se fait plus jusqu’à Beines, mais jusqu’au pont de Chablis, où se trouve un peuplier qui reçoit à son tour les clous des conscrits 2. Dans le Hainaut, derrière la Chapelle N.-D. près de la Chapelle-lès-Herlaimont, un vieil arbre est couvert de clous enfoncés jusqu’à la tète, par les voyageurs qui, en passant, se recommandent à la Vierge. Deux vieux tilleuls à Gilly, près d’un calvaire, sont criblés de clous enfoncés par les pèlerins 3.
Jadis les garçons ou les filles, surtout ces dernières, qui voulaient se marier dans l'année, allaient se frotter à un chêne qui avait poussé, à quelque distance du bord, dans l’étang de Ligouyer près de Bécherel (Ille-et-Vilaine) ; il se tenait auprès une foire, le mercredi de Pâques, et les jeunes filles, pour éprouver la sincérité de leur fiancé, se faisaient transporter sur son dos jusqu’à la petite motte où il se trouvait. Dans les environs de Collobrières, sur le bord d'un chemin dit des amoureux, est un châtaignier séculaire dont les puissantes racines font saillie sur le sol ; il porte au-dessous une maîtresse branche rompue, deux bosselures globuleuses qui lui donnent une apparence phallique. Les jeunes filles désireuses de se marier et les jeunes femmes qui voulaient avoir des enfants, allaient glisser sur les racines de cet arbre, à certains moments4. Ce rite rappelle les glissements sur les pierres, constatés en beaucoup de pays, et qui ont le même but. Autrefois au village de Luc (Var) s’élevait un olivier plusieurs fois séculaire, à un
1. Dulaure. Des cultes antérieurs à l'idolâtrie, 1825, p. 70.
2. L. Moiset. Usages , etc., de l'Yonne , p. 83. Cf. sur le clou planté pour se débarrasser d’un mal, les p. 413 et suiv. du présent volume.
3. D. A. Van Bastelaar, in Soc. paléontotogiqae et arch. de Charleroi, t. XII, p. 210; C.-J. Schepers et O. Colson, 1. c., p. 5.
4. Paul Sébillot. Trad. et superstitions , t. I, p. 60 ; Légendes locales de la Haute- Bretagne, t. 1, p. 126 ; A. Orain. Le F.-L. de l' Ille-et-Vilaine , t. I, p. 101.
LES ARBRES
carrefour où la jeunesse se réunissait pour danser le 1er mai ; après chaque contredanse, le danseur y conduisait sa danseuse qui en heurtait le tronc par trois fois, avec son derrière ; lorsqu’on demandait aux paysannes ce que signifiait cette singulière coutume, elles répondaient en riant et en rougissant qu’elles ne savaient pas ; mais dans le pays tout le monde affirmait que la jeune fille qui l’aurait négligée aurait couru grand risque de coiffer sainte Catherine. Cette même cérémonie s’est faite jusqu’en ces derniers temps à Aix au quartier de la Touesse où il y avait aussi un olivier; on la croyait propice au mariage pour les filles, à la venue des enfants dans les jeunes ménages1.
Les filles qui avaient envie d’un époux devaient faire trois fois, sans parler ni rire, le tour d’une épine à trois branches connue sous le nom d’Epine du Breil, à Miniac-sous-Bécherel (Ille-et-Vilaine) 2. Dans le Puyde-Dôme, on conduisait le jour de leur union, les nouveaux mariés à une sorte de pèlerinage dans les bois du village de Quartier, où les habitants avaient planté les chênes en ligne circulaire, formant ainsi une véritable enceinte. A Grancey, près de Niort, ce même jour, les mariées, pour devenir bonnes nourrices, allaient baiser un certain noyer; le mari l’embrassait aussi quelquefois et une ronde autour de l’arbre terminait la cérémonie. Les jeunes époux qui vont en pèlerinage à la Sainte-Baume (Var) pour avoir des enfants, doivent, en entrant dans la forêt, embrasser le premier gros tronc de chêne qu’ils rencontrent, en demandant tout bas à sainte Madeleine de leur donner une progéniture ; d’aucuns assurent que dans toute la forêt un seul chêne est capable de recevoir efficacement les vœux, de sorte que si le pèlerinage ne produit pas d’effet, on dit’ aux époux qu’ils se sont trompés d’arbre 3.
Ainsi qu’on a pu le voir, l’aubépine est l’objet de nombreuses observances. Dans le Sud-Est de la France, il semble qu’on la regarde comme sacrée: Offenser le buisson blanc quand on s’y pique, porte malheur; c’est l’arbre de la Sainte Vierge, parce qu’il la garda de l’orage quand elle fuyait avec saint Joseph et Notre Seigneur ; dans les Landes, si une personne injurie l’églantier qui l'a piquée, elle tombera malade et ne pourra guérir qu’après lui avoir demandé pardon 4 . Les deux usages qui suivent se rapportent aussi à des espèces déterminées : dans le Bocage normand les conscrits allaient, le jour du tirage,
1. Bérenger-Féraud. Superstitions et survivances, t. 11, p. 116, 177.