USAGES JURIDIQUES ET SERMENTS
prier sous une blanche épine, eaux de Haute-Bretagne cueillaient du gui d’épine blanche, puis s’agenouillaient au pied des croix, ayant soin de déposer une petite branche de gui au pied de chacune d’elles1.
Quelques arbres étaient associés à des espèces de cérémonies juridiques. Pendant la puissance de l’ordre de Malte, les habitants du Temple, à Carentoir, jouissaient de divers privilèges, parmi lesquels le droit d’asile : un arbre, que l’on nommait le Chêne de la Liberté, étendait ses bras protecteurs sur les innocents et les coupables qui pouvaient embrasser son tronc avant d’être atteints ; à la Bresse, dans les Vosges, jusqu’en 1790, on jugeait en plein air, sous l’ormeau qui ombrageait la place du village 2. Il y avait, sur les bords de la Loire, un grand chêne sous lequel les plaideurs allaient s’asseoir par un grand vent et en présence de témoins ; celui au côté duquel tombait la première feuille aux oracles, gagnait son procès. Dans la saison où l’arbre était dépouillé, les plaideurs apportaient, sur une éminence, près de Nantes, des gâteaux qu’ils posaient séparément, puis s’éloignaient à certaine distance ; celui dont les corbeaux venaient goûter l’offrande avait gain de cause 3. Autrefois le plaideur qui avait gagné son procès se promenait à cheval avec une valise gonflée de papiers : d’une main il tenait un parchemin écrit, et de l’autre une branche de laurier entrelacée de fleurs: cette cérémonie se pratiquait encore vers le milieu du XIXe siècle dans le Bocage normand 4.
En Franche-Comté, le serment prêté sous le Chêne Marié, composé de deux arbres séculaires dont les troncs se trouvaient réunis, à une certaine hauteur, par une branche énorme, était aussi sacré que s’il eût été prêté au pied des autels. Jadis, dans certaines communes du Morbihan, les parties contractantes se rendaient devant un arbre ; elles y faisaient un trou et le bouchaient ensuite, après y avoir déposé leurs engagements réciproques. Le Chêne au Vendeur, dans la forêt de Coulon, en Brocéliande, fut longtemps témoin des ventes, et il était encore, en 1839, l’objet d’un grand respect5.
Le concile de Nantes fulmine contre les arbres consacrés aux démons, que le vulgaire avait en telle vénération qu’il n’osait en couper la moindre branche. Au moyen âge un prêtre parlait des gens qui élevaient sur les racines de ces sortes d’autels, leur apportaient des offrandes et les suppliaient avec des lamentations de conserver leurs enfants, leurs
1. Lecœur. Esq. du Bocage normand , t. II, p. 627; Paul Sébillot. Coutumes , p. 80.
2. Ducrest de Villeneuve, dans Ogée. Dictionnaire de Bretagne ; A. Montémont. Voyage à Dresde et dans les Vosges , p. 97.