AVERTISSEMENTS ET PRODIGES
des aventures, si l’un d’eux est menacé de mort, son rosier se flétrit (Haute-Bretagne, Normandie, Wallonie) une rose tombe (Lorraine) ou se fane (Poitou); dans un conte de l’Ille-et-Vilaine, un laurier dépérit1 ; une légende poitevine présente ce même épisode : saint Honoré de Buzançais en Berry, qui faisait le commerce des bestiaux en Poitou, y fut assassiné et les feuilles d’un laurier, en se desséchant subitement, dévoilèrent son trépas à sa mère, à laquelle il avait appris que, tant que cet arbre resterait vert, elle ne devait avoir aucune inquiétude pour sa santé. Dans un conte basque, un peuplier se flétrit; un conte des environs de Lorient parle d’un chapelet de baies rouges qui se fanent dans la main d’une jeune fille et la préviennent de la mort de ses frères ; le laurier d’un conte breton, dans la même occurrence, donne du sang au lieu de sève quand on y enfonce un couteau. Une reine qui était fée met dans la manche de sa fille, au moment où elle va accomplir un voyage périlleux, une pomme d’or, grâce à laquelle elle est avertie des dangers qui la menacent. Un veuf obligé de s’absenter donne à chacune de ses trois filles un bouton de rose, en leur disant que si à son retour ils sont encore frais, ce sera la preuve de leur sagesse ; dans une variante poitevine des roses sont remises aux deux aînées et elles doivent se flétrir si elles manquent à leur devoir; il en est de même de celles qu’un roi confie à ses deux filles au moment de partir pour la guerre 2. L'arbre dont un fragment fait concevoir figure dans un des plus anciens contes populaires qui soient venus à notre connaissance3 ; on le retrouve, quoique rarement, dans des récits contemporains: Une reine qui n’avait pas d’enfant, coupe en quatre une pomme dont le diable déguisé lui avait fait présent ; elle en donne un morceau à son mari, mange les trois autres et devient mère d’une petite tille. D’après une légende du Morbihan, la femme qui mange une feuille de chêne auquel a ôté pendue une sorte de martyre, est certaine d’avoir un enfant 4.
Dans une des versions du Corps sans âme, la vie du magicien-géant Pharaüs réside dans un vieux buis qui est dans le jardin du château ; pour le tuer, il faut l’abattre et en couper la principale racine, d’un
1. Paul Sébillot . Contes , t. I, p. 125, 127, 129 ; Henry Carnoy. Contes français , p. 136; Aug. Gittée et J. Lemoine, p. 25 ; E. Gosquin, I. c. t. II, p. 57 ; Léon Pineau. Contes , p. 29; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 174.
2. La Fontenelle de Vaudoré. Recherches sur les vigueries et les origines de la féodalité , en Poitou, in Antiq. de l'Ouest , 1838, p. 404, note; J. -F. Cerquand. Conlts du pays basque , t. 111, p. 56 ; E. Rolland, in Mélusine , t. I, col. 214 ; F. -Al. Luzel. Contes bretons, 1870, p. 65, 71 ; E. Cosquiu. Contes, t. II, p. 197; J. -B. Andrew?. Contes ligures, p. 169 ; Léon Pineau. Contes du Poitou, p. 243 ; Julien Vinson. Le Folk-Lore basque, p. 102.