‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 41 sur 506 · CONJURATIONS DES RONGEURS · texte numérisé non relu

CONJURATIONS DES RONGEURS

dans le champ un trepied ou un couteau crochu pour empêcher que les loups n’endommageassent leur bestail quand il estoit égaré. Un peu plus tard on constatait l’usage en pareil cas d’exposer hors du logis quelques ferrements ou autres meubles pour les faire revenir plus facilement et que le loup ne leur fît aucun mal *. En Champagne, on se sert d’un fragment d’instrument agricole ; et voici comment on procédait il y aune soixantaine d’années : il fallait, entre onze heures et minuit, frapper avec une dent de herse cassée, des coups rapides sur une pelle, en faisant trois fois le tour du bâtiment ravagé par les rats et en récitant cette formule : « Rats et rates, je vous conjure de la part du grand Dieu vivant, de sortir de votre demeure et d’aller prendre votre résidence à X. » Dans les Ardennes, on jette sur le toit de sa maison une dent de herse brisée, trouvée dans les champs ; en Seine-et-Marne, on va la lancer dans une carrière ou un marécage, et les mulots ne tardent pas à s’y rendre1 2.

Les conjurations dans lesquelles on emploie l’écriture, relevées surtout dans le nord-est de la France, ainsi qu’on l’a vu, sont aussi usitées en Wallonie. A Stavelot, on écrit sur un petit papier ces mots : « Rats, rats, rats, c’est demain la Saint-Nicaise. » Avec ce papier et du levain de pain noir, on fait de petites boulettes qu’on place dans les trous de rats. En Ardenne, ce saint écarte les rongeurs si le jour de sa fête (14 décembre) on trace son nom sur la porte de sa maison ou si on y colle son image3. Au XVIIe siècle, pour garantir les brebis et les parcs des ravages du loup, on écrivait le nom de saint Basile sur un billet que l’on attachait au haut d’une houlette ou d’un bâton. Autrefois dans la partie française des Côtes-du-Nord, on se servait d’une sorte d’amulette qui tabouait pour ainsi dire l’endroit où elle était placée. Les gens de Plédeliac, voisins de la forêt de la Hunaudaye (Côtes-du-Nord)i où les sangliers étaient nombreux, pour les empêcher de venir manger les pommes de terre, plantaient une gaule avec un Saint-Esprit suspendu en haut; jamais les sangliers n’entraient dans le champ ainsi protégé. Au XVIIe siècle des bergers après avoir dit certains mots, fichaient leurs houlettes et leurs bâtons en terre et se retiraient croyant que les loups n’attaqueraient pas leur troupeau. Voici un autre préservatif qui, à l'époque de la Renaissance, était regardé comme efficace: Le loup ne fera aucun tort aux brebis si vous liez au col de celle qui va la première un ail sauvage. Au XVIIe siècle, des paysans de la Beauce se persua-

1. II. Gaidoz, in Rev. Celtique, t. II, p. 485 ; J. -B. Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 274.

2. E. Rolland. Faune pop., t. I, p. 25, d’a. Tarbé. Romancero de Champagne, t. Il, p.’78; A. Meyrac. Trad. des Ardennes,, p. 176 ; E. Rolland, 1. c.,la conjuration est faite au nom de sainte Ghassetruble qui chasse le mulet qui truble,

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