‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 42 sur 506 · Ernest Doudou, in Wallonia, t. X, p · texte numérisé non relu

Ernest Doudou, in Wallonia, t. X, p

LES MAMMIFÈRES SAUVAGES

daient que trois pains cuits le Vendredi Saint et mis dans un monceau de blé empêchaient les rats, les souris, les charançons, les vers de le manger ; à Saint-Pot (Pas-de-Calais) les herbes et les tleurs sur lesquelles a passé la procession du Saint-Sacrement chassent les animaux rongeurs des granges et des greniers1.

Voici encore quelques menues pratiques protectrices : jadis, dans la Brie, on renfermait les poules pendant toute la journée du Mardi Gras, sans qu’elles pussent manger ni voir la lumière ; de plus l’on priait et l’on jeûnait pendant neuf jours. Le renard cessait dès lors d’être l'ennemi de la basse-cour, et s’il y pénétrait, il ne faisait aucun dégât. En Limousin, le berger qui, rentrant un peu tard, a laissé égarer quelque bête de son troupeau, a un moyen infaillible d’empêcher le loup de fondre dessus pendant la nuit. Il pose vite un sou sous le seau et le loup se voit net arrêté 2. Dans le Finistère, on le met en fuite en faisant briller une allumette.

En plusieurs pays les enfants, pendant les chaudes nuits d’été, cherchent à attirer les chauves-souris, en agitant en l’air soit un mouchoir blanc, soit un chapeau, et en leur adressant certaines paroles mystérieuses. Ces objets en mouvement semblent exercer sur elles la même attraction que le miroir sur les alouettes, car, loin de s’enfuir, elles viennent et reviennent voltiger autour des enfants, qui ne manquent pas d’attribuer cet effet aux formules magiques. Les uns cherchent à les abattre d’un coup de gaule tandis que les autres leur jettent leurs chapeaux, dans l’espoir qu’elles iront maladroitement se jeter dedans. Ces incantations sont plus ou moins engageantes: dans celles de Picardie et des environs de Paris on dit au vespertilien :

Passe par ici,

Tu mangeras du pain moisi,

probablement à cause de la rime, car en Provence une formule est tout autre :

Rato penado véne léu Te dounarai de pan nouvéu.

Ailleurs, c’est de la bouillie, du grain, etc. ; en Hainaut on offre même du dessert :

Tcap’ sori Venez ci

Vos arez del’ tarte au riz.

1. J. -B. Thiers. Traité des Superstitions, t. I, p. 414. Lucie de V.-H., in Rev. des Trad. pop., t. XtX, p. 207. Ce Saint-Esprit était un plomb de pèlerinage, qui se vend à l’assemblée de Saint-Aubin des Bois dans la même commune ; J. -B. Thiers, 1. c. Maison rustique, 1597, 1. I, ch. 24 ; J. -B. Thiers, 1. c., p. 316 ; Ed. Edmont. Lexique Saint-Polois, p. 205.

2. Ladoucette. Mélanges, etc., p. 415-416 ; M.-M. Gorse. Au bas pays de Limosin, p. 274,

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