ORIGINES ET PARTICULARITÉS
Suivant une idée qui, ainsi qu’on a pu le voir dans presque tous les chapitres de cet ouvrage, s'attache à l’origine de la plupart des choses ou des êtres, plusieurs plantes sont aussi tantôt 1 œuvre de Dieu, tantôt sa contrefaçon opérée parle diable. Un passage de la Vie de Michel Le Nobletz montre que cette conception était courante dans les campagnes du Finistère au commencement du XVIP siècle : les paysans croyaient que, comipe Dieu avait fait le froment et le seigle, le Diable avait produit le blé noir ou sarrasin. Actuellement encore en Haute et en Basse-Bretagne un certain nombre de céréales ou de légumes ont comme contre-partie de mauvaises herbes crées par le Diable :
Œuvres de Dieu,
Le chou La carotte L’avoine Le froment Le trèfle.
Œuvres du Diable
Le chardon La ci^uë L’ivraie Le carex La cuscute Les patenôtres 1
Aux environs de Dinan, le Diable a créé 1 herbe aux couleuvres ou « pain de caleuve » quand il essaya de surpasser les baies rouges des églantiers et des épines, qui sont l’œuvre de Dieu. On raoonte à l’île de Seip une autre de ses tentatives infructueuses : Un jour il paria avec saint Guenolé de faire pousser du blé qu’il aurait lui-même créé et qui serait aussi beau que celui du bon Dieu ; il le sema, le récolta, et en étendant les gerbes sur l’aire, il s’écria qu’il était aussi fort que son maître • mais il eut beau le battre, il n’en put faire sortir de grain, car tous les épis étaient vides ; c’est le « seigle du diable » qui pousse encore dans l’île 2 .
1. II. Gaidoz, in Revue Celtique, 1. 11, p. 485 ; G- Le Calvez, in Rev, f les Trad.
P°2. Lucie* de^ V." H . , ibid„ t. XVII, p. 596 ; H. Le Carguet. Les Légendes de la ville d’Is , p. 13-15.
LES PLANTÉS
On retrouve dans les Côtes-du-Nord un parallèle, fondé aussi sur une similitude de forme, de la tradition qui fait naître les baies du myrtille des grains de chapelet d’un saint, (cf. t. III p. 367) ; si les bonnes sœurs qui vont dire le leur, la nuit dans la campagne, perdent une de leurs patenôtres, le laboureur dans le champ duquel elle est tombée ne pourra détruire le chiendent qui y poussera 1 . D’après un récit des environs de Dinan, c’est une sorcière qui a produit le havron ou avoine sauvage. Sous la figure d’une mendiante, elle supplia une jeune femme qui allaitait son nourrisson sur le pas de sa porte, de lui donner une tasse de son lait pour sauver un enfant malade. La nourrice rentra à la maison, et dit à sa grand’mère la demande qui venait de lui être faite, mais celle-ci l'avertit que la pauvresse voulait sans doute lui jeter un sort, et elle composa avec de la farine de blé et de la farine d’avoine une boisson qui ressemblait à du lait. La sorcière fît sur ce breuvage une conjuration pour empoisonner tous les enfants élevés au sein ; mais grâce à la précaution de la vieille le blé et l’avoine en souffrirent seuls, et de plus, pour leur nuire, la sorcière produisit le havron qui les étoufferait si on n’avait grand soin de l’arracher. En Haute-Bretagne c’est le diable qui, la nuit, file la cuscute pour perdre les trèfles et les ajoncs 2 .
Plusieurs légendes des environs de Saint-Malo expliquent la présence des herbes marines sous les eaux : Lors d’une grande famine qui décimait les poissons, un génie envoyé par leur dieu arriva au fond de la mer avec une charrette attelée de dix chevaux et chargée de graines et de plantes de toutes sortes ; il les sema et les planta, et au bout de huit jours elles avaient poussé. Ils rattachent aussi leur origine à des épisodes de la vie des fées sous-marines : L’une d’elles ayant donné un anneau magique à un matelot qui l'avait secourue, celui-ci fait naufrage, mais au lieu de se noyer il descend sous les eaux, et prend pied pi ès du château de la dame ; elle le charge de soigner son jardin, et comme elle se plaignait de ne pas avoir des plantes aussi variées que celles de la terre, il frotte son anneau et aussitôt toutes les variétés des herbes marines y croissent. Suivant un autre récit, un pêcheur qui glisse aussi sous les flots, arrive dans un monde nouveau où il est bien accueilli par une divinité ; la peste s’étant déclarée parmi les poissons,
il se souvient des herbes médicinales que les fées cultivaient dans leurs
grottes , sa maîtresse lui permet d aller en chercher, et l’épidémie cesse quand il les a plantées. On dit parfois que le fund de la mer, auparavant privé de végétation, s’est garni d’innombrables plantes après le