‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 414 sur 506 · ORIGINES SURNATURELLES · texte numérisé non relu

ORIGINES SURNATURELLES

naufrage d’un navire chargé de toutes sortes de graines, et que les herbiers que la mer découvre sont d’anciennes prairies submergées 1 .

Des fées ont aussi propagé ou créé des espèces particulières au rivage marin. Une jeune fille de Guernesey, qui était allée voir les bonnes dames dans leur caverne du Creux, et avait fini par rester avec elles, apparut en songe à sa mère, lui dit qu elle ne la reverrait plus, mais qu’elle était heureuse, et qu'en souvenir de son affection, elle avait apporté sur la dune une jolie fleur du pays des fées qui devait y pousser toujours : c’est le lys de Guernesey, rouge, parsemé de points dorés, mais sans parfum, qui croît sur les dunes de la baie de Vazon. La méchante belle-mère d’une jeune fille de la„Haute-Bretagne la conduisit un jour sur la falaise et lui remit une sorte de graine noirâtre en lui disant de la semer sur le rocher, et de ne rentrer à la maison que lorsque cette graine aurait produit une plante bonne à manger. La pauvre fille pleura si abondamment, que la mer en devint, dit-on, plus grande ; sa marraine, qui demeurait dans une houle du voisinage, ayant appris la cause de ce phénomène, vint trouver sa filleule et lui ordonna de jeter sa graine sur le rocher: aussitôt de toutes ses fissures, on vit sortir le saxifrage, que les gens de la côte mangent avec du vinaigre, et qui a la propriété de guérir les fièvres2.

L’origine d’autres plantes se rattache à des épisodes de la légende dorée. Saint Séverin, après avoir bâti sa hutte au milieu des marais, était chagrin de ne pas entendre la voix des rossignols, qui ne vivent pas dans les endroits où l’air est corrompu ; il pria la bonne Vierge d’envoyer une belle fleur, qui pût assainir le pays et permettre aux hommes de se réjouir du chantdes oiseaux ; le lendemain, àson réveil, le marais était tout couvert d’un tapis bleu de ciel, formé par une innombrable quantité de lis bleus. On raconte à 1 île de Sein qu’autrefois le diable produisait des famines qui faisaient périr beaucoup de monde ; saint Guénolé, qui était alors à Landévennec, se mit en prières et Dieu lui donna un boisseau de pommes de terre qu’il venait de créer tout exprès. Le saint en planta vingt sillons dans l’enclos de son monastère ; l’année suivante il sema toute sa récolte, et la pomme de terre se répandit partout ; c’est grâce à elle qu il n’y a plus eu de de famine sur terre 3.

Plusieurs particularités de plantes sont 1 objet d explications traditionnelles. Un tailleur de la Haute-Bretagne avait vendu son âme

1. Paul Sébillot, in Archivio per le tradizioni popolari , t. V, p. 516-518 ; in l'Homme , t. 111, p. 583-584.

2. Louisa Lane Clarke. Folk-Lore of Guernsey , p. 52; Lucie de V. II. in Rev. des Trad. pop. t. XV, p. 337.

3. Henri Carnoy. LUI. orale de la Picardie, p. 133 ; H. Le Carguet. Les légendes de la ville d'is, p. 18-20.

LES PLANTES

au diable, qui devait le combler de biens, mais le prendre au bout de dix ans ; il stipula toutefois qu il serait libéré s'il pouvait présenter une couture si fine que les yeux du diable ne pussent la distinguer. Lorsqu’arriva l’échéance, il eut recours aux fées, alors nombreuses dans le pays : l'une d’elles cueillit quelques brins d’herbes, les assembla et les cousit avec des points si menus que Satan ne réussit pas à les découvrir ; c’est depuis qu'il y a de l’herbe à cinq coutures. On iui assigne une autre origine ; un riche seigneur avait fait publier qu;il épouserait la jeune fille qui exécuterait devant lui la couture la plus parfaite ; une villageoise qui l'aimait rencontra sur la lande un bon lutin qui lui remit une aiguille magique. Le jour de l’épreuve, elle prit quelques brins d’herbe, et à l'aide de son aiguille, elle produisit une couture incomparable; le seigneur l’épousa ; puis il fit planter l’herbe cousue par sa femme, qui prit racine et se multiplia b

Voici pourquoi, dit-on dans la Côte-d’Or, les pâquerettes des champs ont un cœur doré et une pointe de rose au bord de leurs pétales : lorsque les mages et les bergers firent de beaux présents à l’Enfant Jésus, un pauvre petit pâtour qui ne possédait rien, cueillit une pâquerette toute blanche afin de ne pas arriver les mains vides, et il l’approcha des lèvres de l’enfant; celui-ci baisa la fleurette, qui devint rose à 1 endroit où ses lèvres s étaient posées. Aux environs de Dinan c’est Dieu qui, pour punir le coquelicot, trop fier de sa beauté, a permis au diable de le toucher ; ses doigts ont produit les taches noires que l’on voit au fond de la corolle 1 2. Satan a aussi iaissé sa marque sur d’autres plantes : On dit en Basse^Normandie, où la scabieuse est souveraine pour un grand nombre de maux, que fâché que tant de vertus se rencontrassent dans un modeste végétal, il enfonça ses dents dans la racine ; sa morsure est encore visible sur cette plante, que par suite on a nommée le « mors » du diable3. Au XVIe siècle, la même croyance s’appliquait à:

........ La morgeline

Dont le diable (dit-ou) va mordant la racine.

Et le Vulgaire croyait que le diable, envieux du bien que cette plante câüSe âù genre humain, y avait laissé les marques de son Venin 4. Les pâtres de la Savoie expliquaient aussi par des interventions surnaturelles une circonstance que présente une jolie plante à fleurs rougeâ, de la famille des orchidées, qüi se trouve au plus haut des pâturages, et dont la racine se partage en deux appareils

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