L HERBE D OR
l’or ; dès qu'on s’en approche, elle cesse de luire, et Ton ne la peut trouver; si elle est dans la rivière, elle nage contre le courant; celui qui parvient à se la procurer devient invisible à volonté, découvre les trésors, n’est jamais malade, etc. 1 On dit aussi qu’elle décuple les forces du travailleur, rend infatigable à la course, et, comme l’herbe au pivert, avec laquelle on la confond quelquefois à tort, donne 1 intelligence du langage des animaux. L'aour iaotenn , qui sert à retrouver les objets perdus, est très rare et pousse seulement au milieu des foins, sans qu’il puisse dans le même lieu en exister deux pieds à la fois. Elle doit être cueillie dans une prairie à trois cornières, aussi rapprochée que possible de l’église de la paroisse. Pour la reconnaître il faut opérer un vendredi, et savoir combien de vendredis se sont écoulés depuis la dernière fenaison. Ce nombre connu, et la première condition observée, le sorcier se rend sur le terrain qu’il a étudié d’avance, en ayant soin de l’aborder par le côté de l’ouest. Se dirigeant alors vers l’est, il compte autant de pas, plus neuf, qu’il y a de vendredis révolus, s’arrête à l’endroit précis où il est ainsi conduit, et arrache à ses pieds autant d’herbe que peut en contenir son bonnet ou son chapeau. Cela fait, il n’a qu’à abandonner sa cueillette au ruisseau le plus voisin : pendant que les plantes sans valeur sont emportées en aval, 1 herbe d or remonte le courant. Il faut alors qu’il s’en empare en récitant une assez longue prière ; lorsqu'elle est finie, il se tourne successivement vers chacune des trois cornières de la prairie et prononce à haute voix le nom de l’objet en possession duquel il veut rentrer. La personne qui l’a ramassé se sent tout-à-coup, en quelque lieu qu’elle puisse être, poussée par une force inconnue vers le porteur de l’herbe merveilleuse2.
La croyance à l’herbe qui égare est très répandue : au XVIIe siècle elle s appelait « 1 herbe de fourvoiement. » Plusieurs plantes que l’on redoute sans savoir quelle est au juste leur forme, font perdre le sens de la direction, ou font revenir sur leurs pas ceux qui ont posé le pied dessus ; telles sont en Normandie « l’Egaire », en Saintonge « l’herbe maudite » appelée ^ussi « l’herbe des tournes » ; « l’herbe à adirer » connue en Anjou, où l’on raconte plusieurs histoires qui constatent sa puissance, 1 herbe d oubli en Haute-Bretagne, en Lorraine, etc. 3 En Basse-Bretagne, l’Herbe, ar I otan , est habitée par un esprit qui fait perdre le chemin ; elle répand la nuit une lueur phosphorescente égale