L.-F. Sauvé, in Rev. Celt., t. VI, p
8. Cyrano de Bergerac. Lettre pour les Sorciei's ; L. du Bois, Recherches sur la Normandie, p. 319; J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. I, p. 292 ; J.-M. Noguès, Mœurs d'autrefois, p. 72 ; C. Fraysse, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 373-374 ; Ch. Sadoul, ibid, t. XVIII, p. 587 ; Paul Sébiliot. Trad., t. Il, p. 328.
LES PLANTES
à celle des vers luisants ; mais on peut faire cesser sa puissance en retournant son vêtement ; dans le Léon, celui qui est monté sur l’herbe qui trouble la vue doit, pour retrouver sa route, changer ses sabots de côté. En Franche-Comté le dicton veut que l'on perde son chemin si on a marché sur du plantain ’.
On dit en plusieurs pays que le pic peut rentrer dans sou nid lorsque celui-ci est bouché, au moyen d’une certaine herbe dont on parlait ainsi au XIVe siècle : Quand il le trueve en tel manière estoupé que sa force n’i puet valoir, si vaint la force par engien et par sens. Car il conoist de sa nature une herbe qui a pooir de defïermer. Si le quiert tant qu’il le trueve et l’aporte en son bech et le touche à la kieville, et ele saut tantost hors del trau s. Actuellement, l'herbe du pic communique une force surnaturelle à ceux qui s'en frottent les membres ; il faut pourse la procurer épier attentivement le vol et les allures d’un picvert, et, lorsqu’on le verra s'arrêter près d'une herbe à laquelle il frottera son bec, on pourra se flatter d’avoir rencontré ce précieux talisman. Il se trouve aussi quelquefois dans le nid même de l’oiseau ; cette herbe est, dit-on, en toute saison et à toute heure, couverte d'une rosée abondante. Pour la cueillir ou pour l’arracher, il faut éviter de se servir d’un instrument de fer ; à son contact, elle perdrait toute sa vertu. Dans le pays de Guérande, cette herbe a le don de changer tout en or 1 2 3 .
On assure dans le Bocage normand qu'une herbe rompt comme du verre tout morceau de fei qui se trouve eu contact avec elle ; en Haute- Bretagne, c’est l’anis qui le coupe, et le pivert qui s’y est frotté le bec traverse facilement les bois les plus durs. Eu Picardie on attribue la même propriété a une plante dont la classe n est pas bien déterminée En Normandie l'herbe à la faulx produit un effet tout opposé : si le faucheur a la malechance de la rencontrer sous sa lame, son outil cesse aussitôt de couper4. Vliippocrepis comosaa , dit-ou en Savoie, le privilège de déferrer les mulets, parce que sa gousse est contournée eu forme de fer à cheval, et que la plante croit dans des endroits pierreux et accidentés. Autrefois dans les environs de Genève, les anciens de village parlaient encore de l'herbe qui arrache les fers aux chevaux, à laquelle faisait allusion un poète du XVIe siècle :
1. Le Men, iu Rev. Cell., t. I, p. 422 ; Boucher de Perthes. Chants armoricains , p. 65 ; Armand Daguet, in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 499 : G. Raynaud, in Romania , t. XIV, p. 450.