‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 440 sur 506 · LÊS HERBES UE LA SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

LÊS HERBES UE LA SAINT-JEAN

c’est aussi le seul moment où les sorciers peuvent découvrir et cueillir les herbes propres aux maléfices L Ce sont là des exceptions ; presque toujours la récolte est faite pendant les ténèbres et les plantes les plus puissantes doivent être ramassées à l’heure môme de minuit. Le berger d'une églogue de la Renaissance où l’on trouve plusieurs traits populaires, place au premier rang de ses richesses

En un sachet la graine de fougere Qu'en plein minuict nous cneillismes entan Denise et moi, la veille de saint Jean.

En Basse-Normandie, la fougère fleurit à minuit sonnant, elle graine et se sème dans l’heure qui suit ; celui qui a recueilli sa semence avant qu’elle ait touché terre, peut se transporter d’un lieu à l’autre, aussi vite que le vent, se rendre invisible, connaître le présent et l’avenir. En Touraine, c’est à cet instant précis que la fougère a de la graine et le trèfle cinq feuilles : on va en chercher avec des serviettes et des cierges bénits ; mais il faut opérer quand l’heure sonne, sous peine d’être écrasé par les chênes ou galopé par les démons. En Iiaute- BreLagne c'est aussi à ce moment que l’on doit ramasser la graine de fougère qui, répandue le dimanche des Rameaux à l’endroit où l’on suppose qu’un trésor est caché, le fait découvrir1 2. Des observances accompagnent la récolte des herbes faite à d’autres moments de cette nuit. Un écrivain du XVIe siècle parle, malheureusement sans les décrire par le menu, de celles qui étaient spéciales à la graine de fougère : La populace croit et affirme que ceste semence ne se peut amasser que la nuict de la veille saint Jean d’esté, encores avec grandes ceremonies et paroles obmurmurées entre les dents, qui ayent vertu de chasser les diables qui ont la garde de ladite semence. En Franche- Comté, la fougère mâle qui avait la propriété de prémunir de la sorcellerie était cueillie, avant le lever du soleil, par une personne à jeun et en état de grâce 3. Au XVIIe siècle, l’herbe de saint Jean devait être ramassée à jeun et sans parler ; la racine de chicorée que des gens portaient contre les maléfices avait été touchée par eux, à genoux avec de l’argent, un peu avant le soleil levé, et ils l’avaient ensuite arrachée de terre avec un ferrement et beaucoup de cérémonies. Les paysans des en-

1. J. -B. Thiers. Traité des Sup . t. I, p. 314 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges, p. 168-169 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennes , p. 172.

2. J. A. de Baïf. Les Jeux. Eclogue VI ; J. Lecœur. Esquisses du Bocage Normand , t. I, p. 290 ; Léou Pineau, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 479. Paul Sébillot. Trad. t. Il, p, 336. D'après L. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 319, la fleur de fougère n’était visible qu’à minuit précis ; une seconde même suffisait pour empêcher de la discerner.

3. Maison rustique, 1597, 1. H, ch. 42 ; M. Monnier, in Antiq. de France, t. IV, p. 399. Elle était aussi efficace pour les maladies du bétail.

LES PLANTES

virons deJumièges qui allaient prendre deux poignées de seigle, non dans leur champ, mais dans celui de quelque voisin, étaient pieds nus, et il fallait que personne ne les voie ; lorsqu'un animal venait à être malade, ils lui passaient autour du corps le lien formé par ces deux poignées et récitaient ensuite l'Evangile de saint Jean : à l’instant où ils prononçaient Inprincipio , la bêle devait bondir, et donner parla signe de guérison ’. Au XIVe siècle c’était aussi à ce moment qu'on se procurait les plantes bonnes pour le troupeau : Le berger doit cueillir, la veille de la nativité sainct, Jehan Baptiste, une herbe, laquelle est appelée tume, aultrement juscarime ou heuvebonne ; icelle herbe est de telle nature que elle est mise et reposée secrettement aux estables, afïin qu'on ne la voye et en révérence et honneur de monseigneur saint Jehan Baptiste, et ne doit pas chascun veoir ne savoir le secret et les grans biens que sont en l'estât de -bergerie V Cent ans plus tard, les commères attribuaient à des plantes récoltées au solstice d’été diverses propriétés qui n'ont pas été relevées de nos jours : Se vous avez mari rebelle et qui ne vous vueille baillier argent à vostre besoing, prenez le premier neu d’un festu de fromment, cueilli auprès de terre la nuit saint Jehan, tandis qu’on sonne nonne, et icellui boutez ou trou du coffre ou lieu de la clef, et sans faulte, elle s’ouvrira... Pour estre de son mary fort amée il faut lui faire mengier une poirée d’herbes cueillies la nuit sainct Jehan à nonne, et pour vray, il ne lui seroit possible de la laissier pour une aultre plusjone... Pour estre quitte de quauquemare, on me fist prendre viij feslus cueillis la nuict de sainct Jean, et d'iceulx en faire iiij petites croix et les mettre aux quatre corons de mon lit1 2 3. Maintenant encore plusieurs plantes sont réputées puissantes parce qu’elles ont été ramassées pendant cette nuit privilégiée : tel est le millepertuis, appelé pour cette raison herbe de la Saint-Jean et qui, d’après une croyance générale, met à l’abri des maladies et des sorciers. Les paysans landais cueillent alors, après une sorte de bain rituel, les immortelles qui croissent sur les dunes, et qui arrangées en croix et suspendues au-dessus des portes préservent des maléfices ; en Poitou, l’armoise récoltée avant le lever du soleil a la même vertu, et à Bayeux la verveine garantit à la fois de la sorcellerie et des voleurs. En Roussillon, la verveine et le millepertuis, cueillis humectés de rosée, sont des remèdes souverains contre les

1. J. -IL Thiers. Traité desSup., t. I, p. 171; Cyrano de Bergerac. Lettre pour les sorciers : Amélie Bosquet. La Normandie romanesque , p. 274.

2. Jean de Brie. Le Bon Berger , ch. XXXVI. Du Cange, cité par A. de Gubernatis. Myth. des Plantes, t. 1, p. 189, parle de la coutume des Picards de cueillir l’armoise à cette époque en prononçant des paroles, superstitieuses qui leur conféraient de nombi euses vertus.

3. Les Evangiles des Quenouilles , VI 3, V, t. Appendice B, IV, 3-4.

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