LES HERBES CUEILLIES AUX DIVERSES FÊTES
Des cueillettes, qui touchent parfois au maléfice, sont en relation avec les biens de la terre : Dans le Tarn et en Périgord, il faut à la Saint-Jean, avant le lever du soleil, couper une poignée du plus beau blé de son champ ; si on est devancé par quelque malveillant, il emporte le bonheur de la récolte. Dans la Charente, la personne qui, le premier mai, va de grand matin, imbiber un linge de la rosée du pré de son voisin, doit avoir le double de foin, tandis qu'il ne restera rien à sa victime. En Poitou, le linge devait être étendu, à la Saint-Jean, avant le lever du soleil ; le pré maléficié se desséchait et celui du soutireur poussait d’autant. Suivant la croyance charentaise, celui qui, le même jour, arrache un brin de chanvre mâle dans la chenevière d’autrui et le porte dans la sienne, verra naître dans son étable autant de veaux qu’il a de vaches, tandis que son voisin n’aura que des génisses ; en Poitou ce maléfice se fait la veille, et celui qui coupe une brassée d’herbe dans un pré qui ne lui appartient pas, le matin de ce jour, fait tarir les vaches de celui auquel il l’a dérobée, et le lait passe dans le pis des siennes 1 .
On croit dans la Suisse romande que si on peut voir la fougère tleurir entre une et deux heures du matin, le mercredi des Cendres, on trouve un trésor avant la fin de l’année 2 3 4.
En Saintonge, l’herbe appelée morsus diaboli , cueillie la veille de la Saint-Pierre, à jeun, et avant le soleil levé, déposée pendant un jour sur la pierre sacrée de l’autel, desséchée ensuite à l’ombre, réduite en poudre, et portée dans le gousset, était un puissant porte-bonheur. En Poitou pour avoir beaucoup d'argent, on mange le premier mai un brin d’ail, et on se frotte les lèvres avec une pièce de vingt francs ; l’ail tout seul, d'après les paysans tourangeaux, préserve de la fièvre celui qui en mange ce jour-là s. Les pratiques, si nombreuses à l’époque du solstice d’été, sont bien plus rares pendant la nuit de Noël : Jadis, beaucoup de pêcheurs de la Manche allaient ramasser sur les rochers, à mer basse, des goémons et des ribères (fucus), en récitant en commun une sorte de prière, puis ils s’en retournaient chez eux en marchant sur les mains et sur les pieds ; on assurait que la nuit de sa naissance l’Enfant Jésus communiquait aux plantes de mer un grand pouvoir ; en Dauphiné la fougère fleurit pendant la messe de minuit C
1. A. de Chesuel. Usages de la Montagne boire, p. 371 ; W. de Taillefer. Antiquités de Vésone, t. I, p. 243 ; J. Bujeaud. Chants pop. de l'Ouest, t. I, p. 186 ; A. de Nore. Coutumes, p. 181, 153 ; J. Rujeaud, 1. c.