‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 445 sur 506 · Juste Olivier. Œuvres choisies, t. 1, p · texte numérisé non relu

Juste Olivier. Œuvres choisies, t. 1, p

3. J.-M. Noguès. Mœurs d'autrefois en Saintonge , p. 152 ; Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou , p. 497 ; Léon Piueau, in Rev. des Trad. pop. t. XIX, p. 433.

4. Paul Sébillot. Le Folk-Lore des pêcheurs, p. 10-1 1 ; A. Ferrand, in Rev. des Trad. pop. t. XI, p. 23.

LES PLANTES

L’heure de la cueillette, les phases de la lune et diverses autres circonstances influent sur l’efficacité des plantes: au XIIIe siècle une sorcière, à laquelle une jeune femme demandait par quel moyen elle pourraitvivre en paix avec son mari et se faire aimerde lui, lui conseille de se lever avant le jour, et d'entrer dans le jardin de la vieille, en ayant soin de ne parler ni à l’aller ni au retour ; elle devait fléchir le genoux vers l'Orient, dire trois Pater , cueillir un brin d'averonee t lui demander partrois foispourquoi sonmari la maltraitait, etquerher.be donneraitla réponse ' . Trois cents ans plus tard, on faisait, comme aussi de nos jours, attention à l’heure; on taxait de superstition ceuxqui pour se garantir ou pour garantir les autres de malélices ou de charmes allaient cueillir de grand matin à jeun, sans avoir lavé leurs mains, sans avoir prié Dieu, sans parler à personne, et sans saluer personne en leur chemin, une certaine plante et la mettaient ensuite sur la personne maléficiée ou ensorcelée. En Franche-Comté la fougère mâle ramassée à jeun, par quelqu’un ayant communié avant le lever du soleil, garantit des sortilèges ; trempée dans l’eau bénite et salée avec du sel béni, elle guérit de toutes les maladies les bestiaux qui la mangent. Suivant la tradition du pays de Liège, la mousse prise entre onze heures et minuit en pleine lune, à l’ombre d’un frêne, près d'un ruisseau et pendant que le coucou répétait trois fois son chant, était employée naguère par les laïques qui chassaient le diable 2.

Jadis le trèfle à quatre feuilles devait être récolté de nuit à la nouvelle lune. Noël du Fail fait allusion aux sorciers de Retiers qui étaient supposés s’être mis en campagne pour le chercher, et Cyrano de Bergerac parle des joueurs qui allaient le ramasser sous le gibet 3. En Basse-Bretagne, il fallait le cueillir à genoux et le couper avec les dents ; l'herbe d’or n'avait de vertu que si elle avait été ramassée pieds nus, en chemise, sans être tranchée par le fer et par quelqu'un en état de grâce 4.

Une superstition du XVe siècle s’attachait à une plante potagère qui, prise à une certaine heure, pouvait devenir funeste : Qui cueille ou eslit la porée le samedy après nonnepour le dimence cuire et mengier, il en vient delegier, à celles qui ce font, le mal que l’on dist le joyel Nostre Dame s.

Plusieurs plantes sont associées à des opérations magiques destinées à faire périr les gens ou à leur causer de notables dommages. Autre-

t. Etienne de Bourbon. Anecdotes , p. 202.

2. J. -B. Thiers. Traité des Sup. t. 1, p. 169 ; Ch. Beauquier. Les Mois en Franche-Comté , p. 91 ; Aug. Hock. Croy.du pays de Liège , p. 70.

3. Contes et dise. d'Eutrapel, Œuvres, t. II, p. 12 ; Lettre pour les sorciers.

4. L. Kerardven. Guionvac'h, p. 212 ; E. Souvestre. Le Foyer Breton , t. I, p. 106.

Page 1