HERBES PRÉSERVATRICES
sentir, fenouil, et d’entrer il aura peur. Lespy, qui donne une variante de cette formulette, dit qu’on le plaçait aux mêmes intentions, à la porte on près du chevet ; dans la région des Pyrénées on le suspendait au toit des maisons après l’avoir fait bénir la veille de la Saint-Jean ; il figurait avec le senevé, le pavot et le mil dans les remèdes que les devins de la Montagne Noire employaient pour guérir les personnes ensorcelées1. On disait au XVIe siècle que la feuille d’angélique était bonne contre la sorcellerie et les enchantements. En Normandie pour empêcher le diable de pénétrer dans un appartement, on se bornait à poser en croix deux fétus de paille à la porte a. D’après la croyance mentonnaise, un peu d’ail sur le berceau d’un enfant le préserve des maléfices. Dans la Gironde il est utile d’avoir constamment dans sa maison un pied de fougère mâle, dans le magasin, mais non exposé au public, un paquet de germandrée aquatique ( teucrium scordium ) et au-dessus de la porte, mais de façon à ce que les étrangers ne la voient pas, une croix de verveine sauvage, à laquelle on a mêlé de la ger~ mandrée 3,
Dans le Gard, pour éloigner de l’écurie des porcs les animaux malfaisants, et ceux qui ont le mauvais oêil, on y suspend un pied d’hellébore arraché au bord du chemin ; dans la Lozère, l’hellébore noir accroché aux râteliers, aux mangeoires écarte les serpents suceurs et les salamandres ; dans la Côte-d’Or l’hellébore ordinaire est mis dans l es étables pour purifier l’air et empêcher les maladies, dans les poulaillers pour éloigner la vermine. Il est des plantes qui constituent des talismans individuels : à Grosbliderstroff en Lorraine, on n’a pas à craindre les fantômes quand on a sur soi du trèfle à quatre feuilles, presque toutes les filles en placent dans leur livre de messe. Dans la Gironde, les personnes qui veulent se garantir des sorciers doivent porter un sachet renfermant de l’armoise, du millepertuis et du milleleuilles, qui ont été bénits. Les charretiers de l’Ardèche mettent de la rue dans leur poche pour empêcher les sorcières d’arrêter subitement leur attelage par leur mauvais regard. Dans la Gironde, on évite le mal donné, en portant un sachet qui contient trois feuilles de sauge, trois feuilles de romarin et trois feuilles de laurier bénit 4. Dans la Suisse
1. J. -J. Christillin . Dans la Vallaise, p. 76, n. ; Barthetÿ. Pratiques de sorcellerie, p. 9 ; V. Lespy. Proverbes du Béarn, p. 165; A. dé More, Coutumes, etc., p. 80.
2. Maison rustique, 1. II, ch. 47 ; L. du Bois. Beché"Ches Sur la Normandie, p. 323.
3. J. -B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 113 ; C. de Mensignae. Sup. de la Gironde, p. 120-121.
4. Variétés bibliographiques, t. I, col. 207 ; Jules Barbot. Le paysan lozérien, p. 61; h. Holland. Flore pop., t. I, p. 85 ; t. IV, p. 146 ; C. de Mensignae. Superstitions de la Gironde, p. 76 ; E. Rolland, I. c., t. IV, p. 8 ; C. de Mensignae, 1. c.
romande pour être à l’abri de toute mauvaise rencontre en voyage, on met de la verveine dans ses souliers, et pour éviter la fatigue on en place dans ses jarretières. En Wallonie on peut voyager sur l’eau sans crainte si on a sur soi du trèfle à quatre feuilles 1 .
En Saintonge les colliers et bracelets de mandragore qui préservaient de tous les accidents, étaient particulièrement connus des insulaires et des côtiers qui se livraient à la pêche ou à la récolte du varech, et les vieux pêcheurs cueillaient de la fougère mâle aux mêmes intentions2.
En Basse-Bretagne, le trèfle à quatre feuilles met en fuite le diable lui-même ; il ne damne personne parce que c’est toujours le signe de la croix; dans les Vosges, pour la même raison, il garantit de tous les enchantements ; celui qui l'a sur lui sans le savoir, peut percer avec sa balle la peau d’un loup-garou ; en Saintonge, quand on faisait bénir des balles destinées à le blesser, il fallait avoir sur soi un trèfle à quatre feuilles arrosé d’urine dépendu. En Touraine, le trèfle à cinq feuilles fait trouver des filles à son goût et gagner au jeu : la fougère grainée procure la fortune 3 4. Dans la Gironde un morceau d’amaranthe ou une feuille de rue fait réussir dans toutes ses entreprises celui qui les porte dans sa bourse ou dans un sachet. Au XVIIe siècle, un trèfle à quatre feuilles trouvé sous le gibet était un talisman pour les joueurs, comme l’était naguère en Saintonge, le trèfle à quatre ou à cinq feuilles arrosé avec de l’urine de pendu. Dans la Gironde, celui à quatre, cinq ou six feuilles est un porte-veine excellent, mais il arrive malheur à celui qui cueille ou conserve un trèfle à sept feuilles. Dans les Vosges, le trèfle à quatre feuilles fait gagner le joueur qui l’a sur lui sans le savoir ; à Liège, celui pourvu de quatre ou de cinq feuilles assure le gain des procès V
Dans presque tous les villages de la Manche, on met des feuilles desséchées de la Toute-Saine ( Hypericum androsaemon ) entre les pages des livres de messe à cause de son parfum, mais plus vraisemblablement parce que cela porte bonheur ; en Haute-Bretagne, lorsqu’elles ont été à l’église, elles conservent la vertu des femmes et des filles; quelques-uns attribuent, surtout ce pouvoir aux étamines, parce
1. A. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises , p. 332 ; Alfred Ilarou, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 116.