LES PLANTES ET LA SANTÉ
Les plantes qui entrent dans la composition des dedans de lit influent sur la santé ou sur la vigueur de ceux qui s’y reposent. Aux environs de Saint-Brieuc, on couchait autrefois sur de la flèche les enfants destinés à devenir pécheurs, dans la pensée que ces herbes de mer les aguérissaient aux fatigues du métier ; dans la Gironde c’est pour leur donner de la force qu’on leur met un matelas de fougère mâle ; à Liège, afin de les préserver des convulsions, en plaçait sous leur matelas un coussin rempli de rue2.
Plusieurs espèces exercent sur ceux qui les portent une influence favorable ; en Haute-Bretagne on attache au cou des enfants un collier de gousses d’ail pour les préserver des vers ; en Morbihan et en Vendée on les a aussi employées au moment des épidémies de croup. Dans le Cher un collier de guimauve garantit les enfants du mal de dents, dans le Loiret celui de graines de pivoine les préserve des convulsions. Au XVIe siècle, la graine ou la racine de cette plante, cueillie à défaut de lune, pendue au col ou appliquée au poignet, ou seule avec du gui de chêne, était un préservatif contre l’épilepsie. Sa racine pendue au col des petits enfants chassait le venin, et elle était aussi salutaire pour leurs dents quand on leur frottait les gencives 4. Beaucoup de personnes du pays d’Auge portent des pommes de terre dans leur poche comme
1. Les Evangiles des Quenouilles , II, 1 ; J. -B. Thiers. Trailé des Sup., t. IV, p. 464-
2. C. de Mensignac. Sup. de la Gironde , p. 71 ; A. de Gubernatis. Mythologie des plantes, t. I, p. 100.
3. Paul Sébillot. Le F.-L. des pêcheurs, p. 5 ; Fr. Daleau. Trad. de la Gironde , p. 37 ; Aug. Hock. Croyances et remèdes du pays de Liège , p. 125.
4. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 328; Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 135, 296; E. Rolland. Flore pop., t. 111, p. 93, t. I, p. 126; Maison rustique, 1597, 1. 11. ch. 42; Olivier de Serres. Théâtre d'agriculture, lieu VI, ch. 15.
LEB PLANTES
talisman contre les douleurs ; à Liège une petite pomme de terre dans chaque poche du pantalon enlève les rhumatismes *,
On attribue des vertus prophylactiques à des plantes mordues ou mangées à certaines époques : pour se préserver de la fièvre il suffit en Haute-Bretagne de mordre la première tige de fougère que l’on voit au printemps ; dans les Vosges de manger la première fleur de froment que l'on aperçoit; dans le Loiret, dans le Cher, c'est la première violette ; dans ce dernier pays il faut l’avaler sans la mâcher et en levant les yeux au ciel. En Loir-et-Cher celui qui entend le coucou à jeun peut éviter la fièvre que ce chant lui pronostique en mâchant la première violette qu'il rencontrera dans les bois ; dans la Gironde on se préserve du mal de dents en mordant la première fougère qui sort de terre 1 2. Lorsqu’il s’agit de plantes alimentaires, leur efficacité est en relation avec des fêtes religieuses. A Marseille, celui qui mange des pois chiches le dimanche des Rameaux est à l’abri des furoncles ; en Franche-Comté les repas faits le Vendredi saint avec des herbes telles que des épinards, de l’oseille, etc,., garantissent de la gale3 4. Les préservatifs végétaux destinés aux bêtes sont d’ordinaire l’objet d’observances chrétiennes préalables : à Broye-les-Fresnes (Franche-Comté), on fait bénir à la messe, le jour de saint Antoine, un chaudron d avoine avec un morceau de pain salé, et on distribue ces grains, après l’office, au bétail, aux porcs, aux poules pour les empêcher d’être malades. Dans les communes rurales de Provence, on passe sur des reliques appelées Vertus enfermées dans un coffre, des herbes et du blé que 1 on donne aux bêtes de somme, dans la persuasion qu’elles les préservent de la colique \ Au XVIe siècle les aulx étaient bons à la peste ; au XVIIIe siècle, on disait en Anjou : un bouillon de choux fait perdre cinq sols au médecin5. La rosée de mai a le privilège d’éviter les taches de rousseur aux filles, qui avant le lever du soleil, se débarbouillent avec (cf. t. I, p. 94 et suiv.) ; dans le Loir-et-Chercelle du chardon-peigne est surtout efficace ; dans le Tarn-et-Garonne, elle doit être recueillie le matin de la Saint-Jean, avant le jour. On croit en Haute- Bretagne qu’en se lavant les mains deux ou trois fois avec du jus de fraise, on n’a plus d'engelures. Ce remède était usité au XVIIe siècle :
1. L. Quesneville, in Rev. des Trcid. pop., t. XVI, p. 581 ; Aug. Ilock 1 c p, 126.
2. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 336; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges. p. 167; E. Rolland- Flore pop., t. 11, p, 168-169; François Houssay, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 376; Fr. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 34.
3. Régis de la Colombière. Les Cris de Marseille, p. 272 ; Ch. Beauquier. Les Mois en Franche-Comté, p. 45.
4. P. Bonnet, in Mélusine, t. I, col. 346; C3e de Villeneuve. Slatistigue des Bouches-du-Rhône , t. III, p. 214.
5. Joubert. Seconde partie des erreurs, p. 164 ; Menagiana, 1693, p. 384.