‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 457 sur 506 · CUEILLETTE DES HERBES GUÉRISSANTES · texte numérisé non relu

CUEILLETTE DES HERBES GUÉRISSANTES

qu'on ne peut se procurer qu'à l’aide de procédés quasi-surnaturels : en Basse-Bretagne il faut, pour se débarrasser de la teigne, se procurer une herbe nommée pao-bran, patte de corbeau (. Hydrocharis ) : on l'obtient en descendant au fond d’un puits desséché un corbeau gris, que l’on y retient trois jours prisonnier, en ayant soin, chaque matin, de lui crier avant le lever du soleil, qu'il n’aura sa liberté que lorsqu’il aura indiqué le remède. Vers la fin du troisième jour, l’herbe se trouvera près du puits, et les frères du captif l’y auront apportée pour obtenir sa délivrance ; le malade s’en frottera la tète, tous les matins, à jeun, pendant une semaine entière et se trouvera guéri b

Les plantes mises dans les matelas sur lesquels couchent les malades exercent, en raison de leur espèce, de l’influence sur eux. Les pécheurs de la Manche disent que celui qui couche sur de la flèche (varech) y laisse son mal ou y prend sa mort ; en Beauce, on se guérit du rhumatisme en dormant sur un lit de fougère. Dans le pays de Tréguier on met des matelas de flèche dans le lit des petits garçons malades, et des ballières d’avoine dans celui des filles. On retrouve en Poitou un parallèle de cette croyance: l’herbe de la Saint- Jean ( Ophioglossiim vulgare) sert à guérir les plaies ; celle qui est munie d’un épi est pour les hommes, celle qui n’en a pas est pour les femmes ’.

Les praticiens campagnards, du moins en Berry, établissent une relation entre les formes de la plante et celle de l’organe affecté. Les rémégeux de ce pays prétendent que les racines de l'herbe à la forçure (sceau de Salomon) représentent toutes les parties du corps humain. Us s’en servent pour guérir les distensions violentes des nerfs ou des muscles, et chaque fois qu’ils en font usage, ils ont soin d'employer le fragment de cette racine qui par sa forme a le plus de rapport avec le membre malade 3.

L’eflicacité de certaines plantes médicinales se lie à des observances de la même nature que celles qui sont destinées à des opérations de sorcellerie. D’après un médecin de Bordeaux, Marcellus Empiricus, qui vivait au IVe siècle, l’herbe britannique devait être cueillie le jeudi, au décours de la lune ; on devait chanter une fois avant de laeueilliy et trois fois en la broyant ce carmen :

Terrain leneo , herbam le go In nomine Christi prosit ad quo te coltego *.

Des faits assez nombreux montrent que des pratiques apparentées sont encore d’un fréquent usage : En Béarn le fiévreux va découvrir,

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