PRATIQUÉS ET ORAISONS
disent aussi que cette plante merveilleuse pousse sur la tête du grondin, et que la mer la rejette parfois sur le rivage 1 2 .
Dans la Gironde, pour guérir la piqûre de la berloque, ( picris echi nuïdés) il faut, en se levant, couper un pied de cette plante et le jeter derrière soi sans regarder. Dans le Tarn, le fiévreux levé de bon matin marche à reculons et arrache dans un pré line poignée d’herbes, sans se retourner ni la voir ; il la jette derrière lui et court toujours sans se retourner ; alors sa fièvre passe au diable1.
En Haute-Bretagne, les plantes ne sont « médecines » que si avant d’en faire usage on a prononcé l’oraison qu’il faut réciter pour qu’elles aient la vertu de guérir3. Au XVIIe siècle, on croyait arrêter le flux de sang en laissant tomber à terre un fétu, et en disant certaine quantité de fois :
Herbe qui de Dieu es créée.
Montre la vertu que Dieu t’a donnée.
En Béarn, on frotte la partie malade entre onze heures et minuit avec un trèfle blanc à quatre feuilles, en prononçant ces paroles : Maü saübatye , maü aüratye , sor-mé dé quiou , de las fars dou boun Diou. Mal sauvage, mal sorcier, sors de là, de la part du bon Dieu. Cette pratique est surtout efficace pour les affections de la vue 4 5. En Haute- Bretagne on dit en appliquant sur les ampoules des pieds, la joubarbe pilée avec de la graisse douce ;
Joubarbe,
Guéris mes pieds du mal,
Je te donnerai de la salade ;
Si tu ne les guéris pas,
Je te hacherai avec mon couteau En plus de mille petits morceaux.
Dans l'Aube, on met de l’herbe à cochons ( Polyyonum aviculare ) dans une poche du côté du cor que l’on veut faire partir en disant : « Que mon cor s’en aille à l aide de cette herbe :i. »
Les graines de froment sont employées pour les affections de la vue. En Basse-Bretagne, l’opérateur plonge dans une écuelle remplie d’eau neuf grains qu’il a recueillis, ou plutôt mendiés dans neuf maisons différentes ; avec chacun d’eux, il trace une croix sur les paupières malades, en récitant chaque fois une conjuration chrétienne, où il n’est pas question du grain, en évitant de les suivre du regard, car il ne doit pas savoir où ils sont tombés. Les mêmes pratiques se renouvellent chaque matin, jusqu’à parfaite guérison. Pour la goutte sereine, le