‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 465 sur 506 · INFUSION ET MASTICATION · texte numérisé non relu

INFUSION ET MASTICATION

jusquiame, connue sous le nom d'herbe de sainte Apolline, fait passer ce mal l.

Le diagnostic au moyen des plantes, qui semble oublié aujourd'hui, était usité au XVIIe siècle : L’on peut connoistre si la morsure est de Beste enragée ou non en appliquant une Feve coupée en deux sur la Playe, car si la Feve y tient, il y a du venin, et si elle n’y tient pas, ce nest pas la morsure d'une Reste enragée 2.

La pharmacie populaire fait un usage fréquent des infusions de plantes ; mais leur efficacité dépend de certaines circonstances. Dans les Deux-Sèvres la tisane de violette n’est bonne pour la fièvre que si les (leurs sont cueillies dans le mois de février, superstition qui a pour cause la ressemblance entre février et fièvre 3 *. En raison d’une analogie de nom on disait, au XVIe siècle, que le suc du serpentaire donné à boire était un singulier remède contre la morsure des serpents

En Poitou quand on a la rate gonfle , on boit sur l’herbe à la rate (' Scolopendrium officinale ) ; la feuille qui a des raies noires est bonne pour les enfants mâles et celle qui n’en a pas pour les filles 5 6.

Dans le pays de Tréguier, la racine de flèche verte, cueillie au moment du reflux, et fricassée avec le beurre non délaité d’une vache qui depuis trois jours n’a mangé que du goémon rouge, guérit radicalement de la fièvre. La cendre du goémon plat ramassé à certaines phases de la lunaison, et disssoute dans de l’eau douce constitue un spécifique pour la guérison des plaies, des contusions, des morsures, des brûlures, chez les hommes et chez les animaux, à condition qu’on prononce en l’employant une formule connue des seuls initiés1’.

La rue passe pour faire avorter les femmes enceintes, et on assure en maints endroits qu’il est défendu par la loi d’en cultiver dans son jardin. Au jardin des Plantes de Paris, on a été, dit-on, obligé d'entourer le pied spécimen de cette plante d'une grille en fer pour empêcher les filles enceintes de le dévaliser ; dans les Deux-Sèvres elle fait avorter la femme qui la touche du bas de sa robe, dans la Drôme celle qui passe au dessus et qui en même temps met un brin de cette herbe sur sa langue, en Seine-et-Marne, celle qui pisse sur un pied de cette plante 7.

La mastication des plantes ne paraît pas très usitée maintenant. Au XVe siècle, on se servait d’herbes présentant des particularités assez rares, qui étaient l’objet d’observances accessoires: Cellui qui a les

1. Abbé Camille Daux. Croyances du Montalbanais, p. 1 ; Paul Sébillot. Coutumes , p. 181.

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