‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 478 sur 506 · D. Le Pelletier. Dict. de la langue bretonne · texte numérisé non relu

D. Le Pelletier. Dict. de la langue bretonne

LES PLANTES

poule cuits ensemble sont portés aux époux quand ils sont au lit. En Maine-et-Loire, dès le matin, le lendemain'dn mariage, on attelait tous les bœufs de la métairie à la meilleure charrette et toute la compagnie se rendait dans un champ de choux ; on choisissait le plus beau, puis on ouvrait une tranchée circulaire à une certaine distance et l’on s’en approchait avec un grand air de travail et de peine. Lorsque le chou était déchaussé, chaque homme de la noce essayait de l’arracher avec des efforts simulés, et, bien entendu, n’en pouvait venir à bout. Cet honneur était réservé au marié, qui après avoir feint une grande peine, parvenait à l’arracher ; on s'armait de leviers et de cordes, et on parvenait à le placer sur la charrette et il était porté en triomphe au logis où les femmes s’en emparaient. En Berry, la plantation du chou, symbole de la fécondité, a lieu le second ou le troisième jour du mariage *.

Les grains des diverses céréales figurent, avec le sens ordinaire d’abondance ou de prospérité, dans des cérémonies accessoires delà noce. Dans les Basses-Alpes, un des plus proches parents remettait à la mariée, dans un plat, des grains de froment qu’elle répandait aussitôt sur les assistants comme un souhait de bonheur; elle agissait de même dans la Meurthe, où la mère du marié les lui présentait en la recevant à la porte du logis. Dans l’Ain, on versait du blé sur les jeunes époux à leur arrivée à la maison ; à Luzy dans la Nièvre, ils recevaient une véritable pluie de navette : cette graine ronde symbolise les souhaits d’une nombreuse postérité mâle, par opposition à l’avoine et au blé, graine longue, qui est une allusion grivoise à la postérité femelle et qu’on y mêle parfois. En Béarn, quand le cortège de la bru allait entrer dans la maison de son beau-père, on jetait par la croisée du froment et d’autres fruits. Dans quelques villages du Languedoc, on lançait des épis et des fleurs sur les nouveaux mariés 2. Dans le canton de Vaud, des grains de blé jetés sur la tête de l’épouse par une vieille femme qui reçoit pour cet office le nom de la Bernada, assurent l’abondance dans la maison et la fécondité. En Corse, avant le repas de noces, les femmes éloignent les hommes et les enfants, et font asseoir la mariée sur une mesure remplie de blé, après que chacune des femmes présentes en aura ôté une poignée pour la verser sur la tète de l’épousée, en chantant une strophe par laquelle elles lui souhaitent d’avoir, sans douleur, des enfants môles1.

1. A. de Chesnel, Usages de la Montagne noire, p. 361 ; E. Rolland. Flore pop., t. Il, p. 31 (à 1a, p. 261, il y a lieu de lire chou au lieu de chat, qui se trouvait dans le passage de la Faune pop. que j'ai résumé) ; A. de'Nore. Mythes , Coûta mes, p. 279; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. H, p. 54.

2. A. de Nore. Coutumes, p. 9, 290, 307, 122, 63 ; Rolland. Flore pop., t. Il, p.56

3. Juste Olivier. Œuvres choisies, t. 1, p. 252; A. de Gubernatis. Mythologie des plantes, t. 11, p. 166.

Page 1