Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p
4. F.-M. Luzel. Contes de Basse-Bretagne, t. 1, p. 307 ; Henri de Kerbeuzec. Cojou Breiz , p. 127-128.
LES MÉTAMORPHOSES
roi la caressait, la prenant pour une ourse véritable, minuit sonne et il voit près de lui une belle princesse. Il l’épouse sous sa forme d’ourse, et quand il l’a touchée de son sceptre, sa peau de bête la quitte et elle en est délivrée *. Dans un conte de marins, un petit garçon, changé en loup, contraint par ses menaces la fée ensorceleuse à défaire son ouvrage1 2. La métamorphose est parfois détruite par la mort de celui qui l’a causée : c’est ce qui arrive à un homme transformé en ours par un nain, à un petit garçon devenu chevreuil pour avoir bu aune fontaine défendue, à un lutin changé en daim par une fée. Elle cesse également lorsque des conditions, souvent difficiles, ont été remplies : l’hommepoulain, le loup gris de deux contes bretons doivent devenir pères d’un enfant ; une princesse métamorphosée en souris par une sorcière est délivrée quand on estparvenuàfaire rire sasœurqui était toujours triste3.
La puissance des talismans est aussi efficace : l’eau qui ressuscite rend sa forme primitive à la fille du roi d’Angleterre, changée en lionne par la Princesse aux pieds d’argent ; grâce au cordon enchanté d’un petit marin les filles du roi de France que les fées avaient, par vengeance, métamorphosées en « singesses » redeviennent de belles demoiselles 4.
Plusieurs personnages qui, tout le jour, ont l’apparence animale, reprennent la forme humaine pendant les ténèbres, comme le loup blanc d’qn conte lorrain ; le prince Marcassin d’un conte littéraire du XVIIe siècle, quitte sa peau toutes les nuits, et, sa femme la lui ayant cachée, son épreuve est finie. Un lièvre argenté que poursuivent vainement les chasseurs est une princesse qui, en entrant dans son château, redevient femme ; pareille chose arrive à la biche blanche d’un conte picard, fille d’une magicienne, et l’on sait qu’au crépuscule du soir la Biche au bois paraissait une femme éclatante de beauté. L’héroïne d’une chanson populaire dont il a été recueilli une douzaine de versions, est fille la nuit et le jour blanche biche ; lorsqu’elle a été tuée et qu’on veut la dépouiller, on voit qu’elle a les cheveux blonds et le sein d’une jeune fille 5.
Il est aussi des métamorphoses volontaires, comme celle de la fée
1. Madame de Murat. Les Lutins du château de Kernosy. Leyde, 1753, in— 12, t. I, p. 142 et suiv.
2. Paul Sébillot, in Soc. arch. du Finistère , t. XIII, p. 224.
3. Paul Sébillot. Contes, t. III, p. 153 ; in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 108 ; Henry Carnoy. Contes français (Canada), p. 132-134 ; F.-M. Luzel. Contes, t. I, p. 301, 328, t. II, p. 135.
4. E. Cosquin, t. 1, p. 41 ; Paul Sébillot, 1. c., t. III, p. 11.
5. E. Cosquin, 1. c., t. II, p. 216-217 ; Mme d’Aulnoy, in Cabinet des Fées, t. V, p. 232 ; F.-M. Luzel, 1. s., t. III, p. 195 ; Henry Carnoy, 1. c., p. 234 ; Mme d’Aulnoy, r. c., t. III, p. 388 ; George Doncieux. Le Romancéro français , p. 235-236. II y a lieu d’ajouter à ces versions, qui toutes proviennent de l’Ouest, une variante lorraine (Charles Sadoul, in Rev. des Trad. pop., t. XIX. p. 203) publiée depuis,
LES MAMMIFÈRES SAUVAGES
qui prend l’aspect d’une biche pour se faire poursuivre par Gugemer, comme celles des fées de la Haute-Bretagne qui se changent en souris, l’une pour ne jamais quitter un jeune garçon qu’elle aime, l'autre pour se venger d’un homme qui avait tué une couleuvre. C’est le même déguisement que la fée d’un conte littéraire a pris pour éprouver le bon cœur d’une reine. Un petit lapin blanc qu’un roi protège contre les chiens n’est autre que la fée Candide. La Tareïna, sorte de fée sorcière de la vallée d’Aoste, se changeait assez fréquemment en rat, et pendant cette période, elle était, comme les fées métamorphosées, exposée aux inconvénients de sa nouvelle condition1.
On a recueilli en France plusieurs versions d’un épisode fort répandu : des animaux, qui sont assez souvent des sorciers ou des génies déguisés, se réunissent sous un arbre à une époque déterminée pour causer de leurs affaires ; leur secret est surpris par quelqu’un caché dans les branches, qui en fait son profit2.
Toutes ces métamorphoses se rattachent à la mythologie, et ceux qui les racontent savent qu’elles sont imaginaires. Il en est d’autres qui sont localisées, et que ceux qui en parlent ne sont pas éloignés de regarder comme réelles. On a cru pendant longtemps, et la croyance est loin d’être complètement éteinte, que des hommes pouvaient être changés en bêtes, d’une façon intermittente, et pour une période déterminée, pendant laquelle ils revêtaient une apparence animale, pour reprendre la forme humaine quand elle était expirée. Les loups-garous, dont il a déjà été plusieurs fois parlé, portent ce nom parce qu’ils se présentent le plus habituellement sous la figure de ce carnassier, quoiqu’ils puissent en prendre d’autres, comme celles d’animaux domestiques, ou même de reptiles. Ici je ne les considérerai qu’au point de vue de la métamorphose en loup, des idées qui s’y rattachent et des causes qui l’ont motivée.
La croyance à sa possibilité est attestée par de nombreux témoignages; Marie de France, au début du lai du Bisclavaret, qui était condamné à rester trois jours par semaine sous la figure d’un loup, et était exposé à la garder s’il ne pouvait reprendre ses habits ordinaires, dit qu’il est très certain que souvent, aux temps anciens, des hommes subissaient des métamorphoses analogues 3. Presque à la même époque,
1. Marie de France, t. I, p. 56. Le lai de Gugemer \ Lucie de V.-H., in Rev. des Trad. pop., t. XIV, p. 297 ; Paul Sébillot. Contes des Landes, p. 89-94 ; Mme d’Aulnoy. La bonne petite Souris ; Mme Leprince de Beaumont. Le prince Chéri ; J. -J. Ghristillin. Dans la Vallaise , p. 162.
2. E. Cosquin, t. I, p. 85, 87 ; J. -F. Cerquand. Légendes du pays basque, t. IV, p. 50 ; F. M. Luzel. Veillées bretonnes, p. 261 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 500, 521 ; Johannès Plantadis, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 540 ; Paul Sébillot, in Almanach du Phare, Nantes, 1891, p. 110 ; Contes des Landes, p. 184.