‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 489 sur 506 · Ladoucette. Mélanges , p · texte numérisé non relu

Ladoucette. Mélanges , p

LES PLANTES

données à la section des origines. La plupart tigurent du reste dans des contes qui, pour les paysans eux-mêmes, appartiennent au domaine de la fantaisie, et l’on n'en rencontre qu’un petit nombre dans les légendes, auxquelles ils accordent plus de créance. On raconte dans les Ardennes belges qu'un garde-champêtre ayant aperçu une femme qui ramassait de l’herbe dans le champ d’autrui, se dirigea vers elle pour la surprendre ; à la place où il l’avait vue se dressait un chardon énorme : il en coupa une feuille, et aussitôt, au lieu de la plante, il vit une vieille femme, réputée sorcière, qui portait à 1 oreille la trace de la blessure qu’il lui avait faite en coupant la feuille. Vers le milieu du XVIIIe siècle, une sorcière de Boulay en Lorraine se changea, pour éviter d'être prise, en un paquet de ramures de fèves '.

Ces deux traits se rattachent à la sorcellerie, et la transformation est essentiellement temporaire ; celles qui figurent dans les contes ont plus de durée. C’est ainsi qu’une fée, d'un coup de baguette, métamorphose en touffes d’herbes un jeune homme, son cheval et son chien2 3 4. Les contes littéraires de la tin du XVIIe siècle présentent quelques épisodes analogues. Dans l’histoire de Fortunée , un chou qui parle est un garde auquel une fée qui voulait secourir une princesse a donné cette forme ; un œillet, le fils d’une fée, redevient homme quand il a été arrosé avec une certaine eau. Madame de Murat, née et élevée à Brest, avait pu trouver dans la tradition le germe du récit dont voici le résumé : Une princesse, voyant son amant changé en turbot par une fée, veut se précipiter dans les eaux pour le suivre, mais la fée, dans un mouvement de jalousie, la transforme en une petite herbe qui ne quitte point le bord de la mer, et que l’on nomme Crispe (criste) marine L Quelques courts récits, tous recueillis en Basse - Bretagne, parlent de plantes qui sont en quelque sorte des incarnations des trépassés : dans le Morbihan breton et dans le Finistère le corps des enfants morts sans baptême se transforme en gazon verdoyant ; le parfum qu’il répand, c’est l’odeur du baptême qui les attend au jour du Jugement dernier. L’âme apparaît quelquefois sous l'aspect d’une grande fleur blanche ; elle est plus belle à mesure que l’on s’approche d’elle et s’éloigne quand on veut la saisir l.

Les plantes qui parlent sont beaucoup plus rares que les arbres doués de cette faculté, et le plus ordinairement elles chantent, L’héroïne d’un conte gascon part à la recherche de l’herbe bleue, qui chante

1. Alfred Harou, in Le Vieux Liège , 21 février 1903 ; E. Auricoste de Lazarque, in Rev. des Trad. pop ., t. XIX, p. 259.

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