‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 64 sur 506 · Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne, t. II, p · texte numérisé non relu

Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne, t. II, p

4. Guyot-Daubès, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 10; Guillaume Bouchet. Les Stries, p. 207 ; Histoire naturelle, t. IX, c. 9 ; J.-B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 335 ; Guillaume Bouchet, 1. c.

LES MAMMIFÈRES SAUVAGES

parence de cétacés. On racontait au moyen âge sur les bords de la Méditerranée qu’un jeune homme ayant blessé un des dauphins qui entouraient en grand nombre le navire sur lequel ilétait monté, ils'éleva aussitôt une tempête, et que, comme les marins ne savaient à quel saint se vouer, un cavalier dont le coursier marchait sur les eaux, s’approcha du navire et dit que l’orage s’apaiserait si on lui livrait le coupable. Celui-ci y consentit, et il fut transporté rapidement à un endroit où il vit, étendu sur un lit, un chevalier ; c’était le dauphin qu’il avait blessé; quand il l’eut pansé, il fut ramené rapidement à son vaisseau *. Dans un conte de la Haute-Bretagne, un feêtaud (fée mâle) qui a pris la forme d’un marsouin, sauve des pêcheurs en danger de se noyer, et quand il arrive à la côte, il redevient homme1 2. Les pêcheurs de la baie de Saint-Malo respectent les marsouins parce que dans chacun d'eux réside lame d’un pêcheur noyé3 4.

Les métamorphoses d’hommes en mammifères aquatiques semblent inconnues à la tradition française : la princesse Camion, moitié femme et moitié baleine par la volonté d’une fée, est vraisemblablement un produit assez peu gracieux de l’imagination de l’auteur du conte littéraire où elle figure; pour que son enchantement soit détruit, il faut qu’un homme l’épouse ou l’écorche toute vive

Le rôle des cétacés dans les contes proprement dits est assez important : un homme jeté à la mer est avalé par une baleine, et celle-ci qui, comme toutes les bêtes de cette espèce, aime beaucoup lamusique, s’approche d’un pont sur lequel un mendiant joue du violon. Celui-ci lui promet de jouer, à la condition que la baleine laissera l’homme prendre un peu l’air : elle lui permet de passer la tête, puis le buste, enfin tout le corps ; à ce moment l’homme qui avait le pouvoir de se changer en aigle, lui échappe5. Ces mammifères, comme ceux de la terre, se montrent reconnaissants : le dauphin d’un conte littéraire, pour remercier un prince qui, l’ayant pris, lui a rendu la liberté, lui donne du poisson en abondance, et vient plusieurs fois à son aide. Un récit du pays bretonnant fait de la baleine le roi des Poissons : échouée sur le rivage, elle promet son secours à une femme qui l’a aidée à regagner la mer 6.

Sur les côtes de la Manche, les marsouins sont en relation avec la féerie locale : un pêcheur qui s’etait endormi, en attendant la marée,

1. Gervasius de Tilbury. Otia imperialia, p. 981, éd. Leibnitz. On raconte en Ecosse un épisode analogue à propos d'un phoque blessé. (Loys Brueyre. Contes de la Grande-Bretagne , p. 267.)

2. Paul Sébillot. Contes de la Haute -Bretagne , t. Il, p. 80.

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