‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 67 sur 506 · ORIGINE DE PARTICULARITÉS · texte numérisé non relu

ORIGINE DE PARTICULARITÉS

laient lui céder leurs cornes. Leschatss’empressèrentdeles déposer dans la charrette qui en fut bientôt remplie. Il en plaça deux au front de son bœuf, et, de retour chez lui, il en mit aussi une paire à ses vaches ; il vendit les autres à ses voisins. Les bœufs et les vaches ont toujours eu des cornes depuis cette époque ; mais elles n’ont pas repoussé sur le front des chats h

Les particularités physiques de certains animaux domestiques, leurs qualités ou leurs défauts se rattachent à des actes accomplis parleurs ancêtres lors de la création, du déluge, ou pendant le séjour de Jésus sur la terre. Suivant une tradition que l’on peut considérer comme générale, le Sauveur a marqué le dos de lane du signe de la croix en reconnaissance des services qu’il lui a rendus ; en Eure-et-Loir cette distinction lui vient de ce qu’il a porté Jésus pendant la fuite en Egypte ; dans le pays de Liège elle est la récompense de sa charité : lors de cet exode, il accepta avec empressement de servir de monture aux divins voyageurs, et laissa aussitôt sa maigre pitance ; depuis il est resté sobre et se contente de peu1 2. Un récit de l’Albret raconte aussi que la vache a été récompensée de sa compassion : lorsque la Vierge coucha l’Enfant Jésus entre une mule et une vache, la première tirait à elle tout le foin, tandis que la vache le ramassait et en couvrait le nouveau- né quelle réchauffait avec son haleine. La Vierge lui dit : « Tu auras l’honneur de porter neuf mois comme les femmes ; soit l'été, soit l’hiver tu auras toujours le nez humide et l’haleine chaude en souvenir de ton bon cœur3 4». La mule, au contraire, subit la peine de ses méchancetés : D’après une légende du Nivernais, lors de la création, elle donna, sans aucun motif, un coup de pied à la femelle du lièvre ; Dieu, pour la punir, lui a interdit de propager sa race ; d’autres disent qu’elle est stérile depuis que Noé l’a maudite quand, au sortir de l’arche, elle lança une ruade au lièvre et lui coupa la queue. Dans l’Albret, elle a été frappée de stérilité par la Vierge parce que, au moment où le Christ naquit entre elle et une vache, elle attirait tout le foin à elle et découvrait l’enfant /f. Une particularité du cheval remonte à l’égoïsme de l’un de ses ancêtres : la Vierge Marie et saint Joseph lui ayant demandé de les porter sur son dos, disant que, grâce à lui, ils seraient promptement à l’abri des sicaires dTlérode, le cheval qui mangeait son picotin d’avoine, se contenta de tourner la tête en groum'tant, puis, sans répondre, il se remit à la mangeoire. L’enfant

1. J.-M. Carlo, in Rev. des Trad. pop., t. XIII, p. 405; Paul Sébillot. Traditions de la Haute-Bretagne, t. II, p. 43 ; in Rev. des Trad. pop., t. II, p. 491.

2. F. Pluquet. Contes de Bayeux , p. 37 ; Léo Desaivre. Croyances, etc., p. 23 ,

E. Rolland. Faune populaire, t. IV, p. 250 ; O. Colson, in Wallonia, [. I, p. 53-54,

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