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LE POUVOIR DU LAIT

Le lait, outre ses vertus thérapeutiques, possède certains privilèges : en Lorraine celui des vaches noires peut seul éteindre le feu allumé par la foudre, en Haute-Bretagne, il est efficace contre tous les incendies1. Il influe aussi, suivant une idée analogique, sur les aptitudes physiques des nourrissons ou même des adultes. On prétend en Ille-et-Vilaine que les enfants élevés avec du lait de chèvres sont lestes et sautent comme l’animal qui les a nourris. Cette croyance était courante autrefois : le médecin Joubert qui la rapporte, parle d’une fille qui, pour cette raison, voulait toujours grimper et sauteler ; il ajoute qu’on disait que ceux qui, adultes, en usent longuement, deviennent si remuants qu’ils ne font que sauter, danser, monter et courir, et Vigneul-Marville raconte qu’un enfant repris par son père de quelques légèretés, lui répondit en avouant sa faute : « Souvenez-vous s’il vous plaît, que j’ai été nourri par du lait de chèvre ». C’est en raison de cette prétendue vertu que, dans un conte littéraire du XVIIIe siècle, on voit donner du lait de chèvres à trois princesses pour les corriger de leur lenteur 2. Dans Renard le Nouvel , II, br. 31, un enfant nourri avec du lait de truie a pris le caractère d’un cochon s.

Le beurre est 1 objet de maléfices assez nombreux : On croyait au XVIIe siècle que des gens pouvaient 1 empêcher de se faire en frappant trois fois avec un bâton, sur la baratte, et en disant un verset du psaume 31 ; ou en récitant à rebours Nolite fieri. Bodin raconte qu’à Chelles en Valois une chambrière dont le beurre ne prenait pas à cause d’un charme jeté par un petit laquais, l’ayant menacé de le faire fouetter s il ne 1 ôtait, il dit à rebours le verset du psaume, et le beurre se fit aussitôt4. Dans plusieurs pays, le mendiant qui se présente quand la ménagère baratte est assuré de recevoir quelque chose, dans la crainte que si on le repoussait, il ne jette un sort sur ce beurre. Dans le Finistère la femme qui s’aperçoit que le sien est lent à se faire, ne tarde pas à comprendre qu’elle est le jouet de quelque sorcier; pour couper court au sortilège, elle n’a qu’à changer son ribot de bout. Dans le Maine on croit qu’une femme qui a ses règles ne peut faire de beurre 5.

Au XIIIe siècle certains prétendaient que le fromage qui avait été fabriqué par une personne venant de commettre un adultère ne se conservait pas et était à bref délai envahi par les vers 6.

1. Richard. Trad. de Lorraine, p. 267 ; Paul Sébillot. Trad., t. If p 32

Joubert. Seconde partie des erreurs, p.210; Mélanges d'histoire et de litté-

„ p’ ,.699,rin‘1n2’ p- 296 ’ Gomtede Gaylus. Cadichon, in Cabinet des Fées, t. XXV.

а. Uothe. Les Romans du Renard, p. 406.

wioB'i Thien' J™'1? deJ, SupV l' p- 418 ; Cyrano de Bergerac. Lettre pour les Sorciets , Jean Bodin. Le Fléau des Sorciers, 1. II, c. I.

5. E. Rolland Faune pop t. V, p. 101 ; G. Dottin. Les Parlersdu Bas-Maine, p. 62.

б. Gervaise de Tilbury. Oha imperialia , p. 993, éd. Leibnitz.

LES MAMMIFÈRES DOMESTIQUES

Suivant l’époque à laquelle il a été fait, le beurre jouit de plusieuis

privilèges; dans le Finistère le beurre fait pendant les Rogations ne

se corrompt jamais, et constitue le baume par excellence pour panser

les plaies ou pour rendre au corps fatigué son élasticité et sa vigueur

En Auvergne et en Berry celui de mai guérit certaines blessures, et il

est aussi employé pour panser les bêtes à cornes qui ont les pieds

blessés. En Berry, il sert aux coquettes de village qui veulent donner

du brillant à leur teint. Au XVIe siècle, les dames employaient dans le

même but : , . J , ,

De la graisse de loup et du beurre de may,

et d’après Brossette, le commentateur de Regnier, on en préparait

encore pour le visage à 1 époque de la Régence .

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