‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 82 sur 506 · PRÉJUGÉS DIVERS · texte numérisé non relu

PRÉJUGÉS DIVERS

Comme le chat est difficile à tuer, on assure en Béarn, dans la Gironde et dans l’Aude qu’il a neuf vies ; à Guernesey, ce privilège semble réservé à ceux qui sont noirs :

. La vieille dame

Avait sept vies coum un ner cat1.

Le cheval, qui ne peut nager longtemps, se noie, d’après les paysans du Loiret et de la Gironde, par le fondement ; en Poitou, on croit que lorsqu’un animal a l’arrière-train tourné contre le courant, l’eau lui entre par l’anus, et que, pour qu’il soit perdu, il suffit qu’il en pénètre une faible quantité2.

Le corps du chat est doué de propriétés diverses, dont quelques-unes assez singulières : on dit dans le Maine que la vipère qui mord un chat rouge crève, alors que l’animal ne ressent aucun malaise. En Haute- Bretagne un pommier qui souffre redevient florissant, si l’on encave à son pied un chat ; mais il peut faire périr d’autres arbres, les ormes par exemple ; en Béarn un petit chat enterré vivant dans un champ en fait disparaître les mauvaises herbes 3.

On croit, en Eure-et-Loir, que l’âne, en raison de son rôle dans la légende n’est jamais atteint par la foudre ; mais en Corse, les chiens l’attirent 4.

On dit en Hainaut que le porc reconnaît le boucher qui va le tuer, et que dès qu'il l’aperçoit, il donne les marques de la plus grande frayeur; il retient son sang si un spectateur dit: Pauvre bête! et en prononçant ces paroles, on le fait souffrir davantage 5.

L’usage de mutiler la queue des chats et des chiens est à peu près général ; ceux qui le pratiquent en donnent des raisons qui tantôt se rattachent à une prétendue hygiène, tantôt à une sauvegarde contre la sorcellerie : En Haute-Bretagne, dans le Perche, en Wallonie, on ampute la queue des chiens pour enlever le ver qui s’y trouve et qui causerait leur mort6 ; en Poitou c’est aussi pour conserver les jeunes chats que l’on coupe l’ongle, d’autres disent, comme dans le Perche, le ver qu’ils ont au bout de la queue ; en Wallonie, cette amputation est

1. V. Lespy. Proverbes du Béarn , p. 201 ; F. Daleau. Tiud. de la Gironde , p. 23; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 107 : Métivier. Rimes gi/ernesiaises, p. 38.

2. E. Rolland, t. IV, p. 194; F. Daleau, 1. c. ; B. Souché. Proverbes , p. 7.

3. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 42 ; X. de La Perraudière. Trad. locales, p. 15 ; D. Bourchenin, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 733 ; Au XVIe siècle la « teste d’un chat roux » entrait dans la composition de maléfices dangereux et compliqués (Agrippa d’Aubigné. Les Tragiques, 1. 1).

4. E. Rolland. Faune pop., t. V, p. 250 ; Jules Agostini, in Rev. des Trad. pop. t. XII, p. 516.

Page 1