LES PRONOSTICS
heures et minuit, se rend près des assois à porcs elles entend grogner se mariera dans l’année. On va aussi frapper à la porte de l'étable des brebis: si c’est une petite voix qui répond, la personne qu’on épousera sera de petite taille ; si c est une grosse voix, elle sera grande. Autrefois une consultation analogue avait lieu à la Saint-André vers minuit : Pour savoir si on épouserait veuve ou fille, on allait, sans saluer qui que ce soit, à une étable où une truie était enfermée avec ses cochons ; on frappait doucement à la porte : si la truie grognait la première, c’était signe qu’on épouserait une veuve *.
En Poitou, on remarque la position des bêtes dans leur écurie : quand les bœufs ou les vaches sont couchés sur le même côté le fils ou la fille de la maison ne sera pas longtemps avant d’être marié 2.
Les pronostics météorologiques tirés des gestes des animaux familiers sont nombreux ; je me contenterai d’en signaler quelques-uns, en renvoyant pour les détails aux livres cités et aux recueils de proverbes des diverses provinces. C’est surtout le chat auquel on fait attention. Au XVe siècle, lorsqu’assis sur une fenêtre au soleil, il léchait son derrière et levait sa patte au-dessus de 1 oreille, il devait pleuvoir dans la journée ; le second de ces gestes lui est attribué en plusieurs pays. Les marins de la Basse-Bretagne ont une longue série de couplets rimés et chantés qui constatent les croyances dont il est l’objet, et qui sont en rapport avec le vent. Les habitants de l’intérieur l’observent, aussi, soit pour la prédiction du temps, soit pour celle des saisons 3. On attribue moins de prescience aux autres bêtes; sur le littoral breton les porcs grognent, éparpillent leur litière, les moutons deviennent folâtres et se heurtent quand une tempete est prochaine ; en divers pays de France, les animaux présagent aussi le vent et plus rarement la pluie ; en Bretagne, le chien qui se roule annonce du vent ; s’il mord l’herbe il pleuvra ; dans les Vosges, à l’approche d’un ouragan il a le museau en l’air ; les bêtes à cornes reniflent, les vaches mettent plus de temps à boire qu’à l’ordinaire et se laissent traire plus facilement, les ânes chauvissent des oreilles et braient lamentablement4.
On rencontre en Hainaut, appliquée à un animal domestique, une superstition apparentée à celle qui veut que les rats abandonnent la maison qui menace ruine : lorsqu’un chat quitte, sans raison apparente,
1. A. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises , p. 329-330 ; J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. IV, p. 454.