LUTINS SOUS FORME ANIMALE
appartient celui qui se montre sous l'apparence animale. A la fin du XVIIIe siècle, lorsque quelqu'un tombait à l'eau, les femmes et les enfants supposaient que le diable sous la forme d'un chien noir, l'y avait précipité ; le Teuz ar Pouliet, sorte de lutin à apparence canine, d'autres disaient le diable, se plaçait sur une passerelle pour noyer les passants. Dans quelques localités de la Creuse, ou parle comme d'une incarnation de Satan, d'un grand cheval noir, qui paît la nuit dans les cimetières en agitant ses entraves avec un bruit sinistre ' .
En Berry où la Grand'Bète ressemble parfois à une chienne de la taille d'une génisse, on la dépeint aussi comme une levrette ; sous la figure d'une grande chienne blanche efflanquée, elle rôde autour des bergeries, effraie ou disperse le gros bétail qui paît dans les herbages. On essaie souvent de la tuer avecdes balles béniesde la Chandeleur, maisilsemble qu'elles l'atteignent rarement. A Pléchâtel (Ille-et-Vilaine), la Levrette blanche, qui est en relation avec des mégalithes, va glisser son museau pointu sous la porte des étables, et glace les animaux de terreur ; son plaisir est surtout de jouer des tours aux bonnes gens qui reviennent des foires, de les renverser ou de se faufiler entre leurs jambes pour les porter pendant quelques mètres et les jeter ensuite sur des haies d'ajoncs. A Noirmoutier, la Grand'queue est une espèce de chien à la queue démesurée, qui court les champs, mais a l'usage de la parole2.
La croyance à un taureau bigarré appelé à cause de cela Taro-Briz est fort répandue ; dans la région de Morlaix, on voit errer parfois parmi les décombres du château de Bodister en Plourin, un grand taureau à la robe étrangement bigarrée, qui vient même se mêler aux troupeaux qui paissent aux alentours; le soir venu, il rentre dans le vieux château. Un soir il suivit le bétail de la ferme et se laissa docilement enfermer dans l'étable, mais le lendemain quand on l'ouvrit, il avait disparu. A Plougoulm, un taureau bigarré et furieux hantait un carrefour, et il ne cessa d'apparaître que lorsqu'on y eut érigé une croix dite Croaz an Taro-Briz 3.
Plusieurs trésors ont des gardiens redoutés qui se présentent sous l'aspect d'animaux domestiques. En Basse-Bretagne ils ont souvent celui de barbets noirs ; celui qui surveillait la montagne d'Arez conduisait au sabbat le passant qui, à sa vue, ne faisait pas le signe de la croix. En Basse-Normandie, le Chien noir se rend parfois dans quelque demeure du voisinage. Si les habitants lui donnent à manger et le
1. Cambry. Voy. dans le Finistère, p. 333; F. -M. Luzel. Légendes chrétiennes, t. II, p. 178; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 200.
2. George Sand. Légendes rustiques, p. 41-42; Laisnel de la Salle. Croy. du Centre, t. I, p. 176-177 ; A. Orain. Géographie de V Ille-et-Vilaine, p. 471 ; E, Rolland. Faune pop., t. IV, p. 70.
3. L. Guennec, in Bull. Soc. Arch. du Finistère, 1904, p. 54,
i"22 LES MAMMIFÈRES DOMESTIQUES
reçoivent bien, il finit par parler et les conduit au trésor qu'ils peuvent lever sans qu'il leur arrive aucun mal. Certains trésors sont sous la garde de poulains sauvages qui font grand bruit, mais ne se laissent pas approcher, d'un bœuf qui peut parfois parler, ou d'une truie qui vomit des flammes '.