MALADIES ET MÉDECINE
Suivant des préjugés dont quelques-uns ont pu à l'origine être inspirés parle désir d'empêcher des actes réputés dangereux, quelques animaux exercent une influence funeste sur la santé des hommes On prétend dans le Vivarais, que si on enjambe un porc, on contracte sûrement le mal caduc ; en Haute-Bretagne, dans l'Auxois, on peut gagner des dartres en embrassant un chat ou en le caressant • en Béarn on risque d'être affligé d'un goitre ; en Poitou, on dit aux enfants qu'ils attraperont des vers en jouant avec les chiens ; en Wallonie qu'ils dépériront 3. En avalant des poils de chat, on s'expose aux plus te'rribles conséquences : en Haute-Bretagne, si un seul venait à se coller sur le cœur, il causerait infailliblement la mort ; en Wallonie, il donne des ecrouelles ou rend phtisique, comme aussi en Basse-Bretagne où lorsqu'il s'attache à. la muqueuse de la gorge ou de l'estomac, il pousse et quelquefois même se change en serpent *.
La chair de quelques parties, et surtout celle de la tête, est particulièrement nuisible à certaines personnes. On ne doit point, disent les Évangiles des Quenouilles, laissier mengier aux Jones filles à marier de teste de mouton, affîn qu'elles ne cheent du mal sainct Loup par derrière. A Liège, on recommande aux femmes grosses de se priver de viande de cochon pour préserver des croûtes de lait le petit être à venir Dans la Gironde, on défend aux enfants âgés de moins de sept ans, de manger des tètes d'animaux. La viande de chat était au XV° siècle, regardée comme particulièrement malsaine : Pour eschever de non venir palasineux (paralytique) delà teste ou des rains, il se fault abstenir de mengier de teste ne de char de chat 5.
XIX ^SIVarfvS ^ ?~"e5' V- 5; C- Fray9se' in Fev- d" Trad. pop., A1X p. 491 ; Cholieres. Les Matinées, p. 261-262, éd. Jouaust
3' H' V* ^MraUïè"e- J:ad- [°,CaleS' P- 12; Lé0 Desaivre- Croyances, p. 24 „i".|!shae- Superstitions du Vivarais, p. 15; Paul Sébillot. Trad , t. II
p' îiô n r„ hgeûls' m *?■ def Trad- pop' l- xv' P- 584 î E- Roll™d, t. iv
* H' V* ïhÏÏi" <Te' J:ad- ^^ P- 12; Lé0 Desaivre- Croyances, p. 24. 3HMIïhade" Superstitions du Vivarais, p. 15; Paul Sébillot. Trad, t. II,
» 110 n Rn Hge°1S' m *?■ tS Tmd- P°P> L XV' P" 3M ^ E- Rolland, t. IV P- HO, D. Bourchenm, m Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 733; Léo Desaivre Croyances, etc., p. 8 ; 0. Colson, in Wallonia, t. IX, p 204 uesaivre.
P 4i7Ïa.U!lSéib.ir0t- AdtdiH™8> P'32v' Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, P- J71 , H. Le Carguet, ibid., t. XIX, p. 198
n \nSCEZZUS ^ Que"ouil{esl »' 9' Aug. Hock. Croyances du pays de Liège, P- "8 , C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 110 ; Les Evangiles IU «
Le rôle des mammifères domestiques vivants n'est pas considérable dans la médecine traditionnelle. On croyait au XVIe siècle, dans les environs de Rennes, que pour faire passer les verrues, il suffisait de les frotter à la laine d'un mouton. Autrefois, pour être guéri de la fièvre et de quelques autres maladies, on se mettait le cou sur une auge à cochons en disant : Au nom du Père, etc. ; dans la Mayenne, ceux qui souffrent des oreillons s'y frictionnent parfois les joues, en établissant peut-être un rapprochement entre leur infirmité et les appendices que certaines espèces de porcs ont au-dessous de la mâchoire ; dans la Beauce on s'en guérit en mangeant dans l'écuelle aux chats, ou seulement dans une assiette qu'ils ont léchée. On croit au reste en plusieurs pays à l'efficacité de pratiques analogues : en Beauce on fait boire les enfants atteints de ce mal dans un vase qui vient de servir à abreuver un âne ; dans le Vivarais on emploie pour la guérison de la fièvre un procédé, relevé au XVIIe siècle, et qui consiste à boire dans un seau d'eau où un cheval s'est désaltéré l.
L'emploi de peaux est moins fréquent aujourd'hui qu'aux siècles passés : A l'époque de la Renaissance, on enveloppait celui qui était tombé d'en haut d'une peau de mouton écorchée sur le champ ; appliquée sur les parties du corps froissées ou battues, elle constituait un soudain et singulier remède, à la condition de n'avoir pas reçu la dent du loup. En cas de maladie grave, les bonnes femmes de la Mayenne usent encore de ce remède ; mais on ne connaît plus le procédé ainsi décrit par un auteur du XVe siècle : Se une femme est malade des varoles, il convient que son mari achate un noir aigneau de l'année et qu'il couche et lye sa femme en la peau de cellui agneau toute chaude, et qu'il face son pèlerinage et offrande à saincte Arragonde et pour certain elle en garira. Actuellement la peau de chat est encore réputée, même parmi les civilisés, pour les rhumatismes : en Wallonie, c'est surtout celle du marcou noir qui les soulage 2.
La salive animale exerce sur les blessures une action généralement
favorable : en Wallonie, on fait lécher la morsure d'un chien par une
chienne. L'ancien proverbe :
Langue de chien, Sert de médecin
s'applique à une croyance encore très répandue. Dans le Finistère, on
dit que la langue du chat empoisonne, tandis que celle du chien guérit
1. No.':l du Fail. Œuvres, t. I, p. 112 ; J.-B. Thiers. Traité desSup., t. I, p. 433; Ch. Bellier-Dumaine, in Hev. des Trad. pop., t. XIV, p. 245 ; Félix Chapiseau. Le F.-L. de la Beauce, t. I, p. 213; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 251; J.-B. Thiers, 1. c, p. 314 ; H. Vaschalde. Sup. du Vivarais, p. 20.
2. Laurent Joubert. Seconde partie des erreurs, p. 165; Maison rustique, 1597, 1. I. ch. XXIV; Ch. Bellier-Uuinaine, in Rev. des Trad. pop., t. XIV, p. 245 ; Les Evangiles des Quenouilles, VI, 9 ; J. Defrécheux. Voc. de la F 'aune wallonne, p >. 144.
EMPLOI MÉDICAL DÉS ANIMAUX^ 13l
la blessure qu'il lèche : un proverbe du pays de Tréguier constate la même opinion :
Teod ar c'hi zo ie&peduz
Teod ar c'haz zo binimus.
La langue du chien est salutaire — La langue du chat est venimeuse1. En Hainaut, la salive du chien est efficace contre les coupures ou plaies de toutes sortes. Au XVIe siècle, on disait que sa langue était médicinale et qu'elle guérissait les ulcères2. En Haute-Bretagne, quand on est mordu par un chien, il faut se garder de le tuer ou bien la morsure ne guérirait pas3. On pratique dans les Deux-Sèvres une sorte de médication, non par la salive, mais par le souffle humide, qui n'a pas été relevée ailleurs : comme l'haleine du bœuf rouge passe pour faire cesser les convulsions infantiles, on place pendant quelques instants la tête de l'enfant sous le moufle de l'animal *.
Le lait de jument est employé en Poitou contre la coqueluche, et dans le Finistère le meilleur remède contre la fièvre est celui de jument blanche 5.
On attribue des vertus au sang du chat: dans la Seine-Inférieure, on évite les suites d'une chute en suçant celui de la queue, fraîchement coupée, d'un matou noir ; dans le Finistère trois gouttes prises à l'oreille d'un chat quelconque et mises dans un verre de vin rouge guérissent de la pneumonie. Au XVIe siècle, quelques sorciers s'aidaient pour soigner les malades de la cervelle d'un chat. Dans la Gironde, on frictionne les contusions avec du fiel de porc, et dans les Deux-Sèvres on en met sur l'épine entrée dans la chair pour l'en faire sortir6.
L'usage des excréments est très répandu ; je me contenterai de quelques exemples : Dans le Finistère, on lave et on frotte les dartres avec l'urine d'une brebis qui n'a pas encore vu le mâle ; dans les Deux-Sèvres, l'urine du bœuf rouge, appliquée sur une dent malade, dissipe la douleur et fait périr la dent1. Au XVIIe siècle, on conseillait en cas de brûlure de prendre du crottin d'un cheval noir qui avait été aux herbes quinze jours dans le mois de mai. La fiente de chat délayée dans de l'eau était regardée en Bessin comme un spécifique contre les contusions ; en d'autres contrées de la Normandie, la dissolution devait
1. A. Harou. Le F.-L. de Godarville, p. 17 ; H. Le Carguet, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 198 H. Gaidoz, in Rev. archéologique, 1884, p. 218.
2. A. Harou. Mélanges de Iraditionnisme, p. 49 ; Léon Joubert. Seconde partie des erreurs, p. 167.