‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 129 sur 491 · Mme Leprince de Beaumont. Le prince Désir · texte numérisé non relu

Mme Leprince de Beaumont. Le prince Désir

4. Paul Sébillot, 1. c, t. III, p. 141 ; M« d'Aulnoy, in Cabinet des fées, t. III, p. 487 : Henri Carnoy. Contes français, p. 54-59.

5. Paul Sébillot, 1. c, t. II, p. 163, t. III, p. 44 ; Contes des Landes et des Grèves, p. 10; F.-M. Luzel. Contes, t. 1, p. 220.

On sait que, d'après les prescriptions de leurs livres sacrés, les Juifs ne mangent pas de porc : des légendes satiriques donnent le motif de cette abstinence. D'après celle du Béarn, Jésus-Christ rencontra un Juif caché dans un coffre à pain. — Qui est là ? demanda-til. — Un porc, répondit le mystificateur. — C'est bien ; porc tu as dit porc tu seras ». On raconte en Provence que Jésus, exténué de fatigue, demanda à passer la nuit dans une bastide isolée qui appartenait à des Juifs; ceux-ci lui dirent : « Puisque vous êtes le fils de Dieu, devinez ce qu'il y a dans ce pétrin couvert, au fond de la pièce, et nous vous donnerons l'hospitalité ». Or, on y avait caché un homme qui, de temps en temps, grognait ; Jésus répondit: « Vous l'entendez comme moi, dans ce pétrin, il y a un cochon ». Les Juifs éclatèrent de rire ; mais quand le couvercle eut été soulevé, on vit sortir un porc véritable. Comme celui qui avait été ainsi transformé ne reprit pas la figure humaine, les Juifs n'usent plus de viande de porc, de peur de manger un de leurs semblables '.

La métamorphose en cochons de personnages qui ont osé se moquer des sacrements est populaire en plusieurs provinces. Dans le midi, c'est un ivrogne qui va chercher un prêtre sous prétexte d'administrer un malade en danger de mort, et qui le fait entrer dans l'étable ; quand il en sort, on voit deux cochons au lieu d'un, de sorte qu'on ne sait lequel est le véritable : un récit de la Haute-Bretagne est à peu près semblable ; mais les deux cochons sont devenus tellement méchants qu'on est obligé de les tuer. Des soldats bernois qui avaient tenté de renverser une croix furent transformés en cochons2.

Dans une petite légende facétieuse de la Haute-Bretagne, c'est un animal qui devient un homme ; lorsque saint Antoine voyageait au pays breton, il rencontra un cochon, et, comme il n'avait pas de domestique, il le prit par les pattes de devant et le fit se planter sur les pieds de derrière : aussitôt l'animal devint semblable aux Bretons qui viennent en pèlerinage à saint Mathurin de Moncontour 3.

La croyance à la possibilité de la métamorphose temporaire d'une personne vivante en animal est attestée par plusieurs récits. Le conte du voleur âne par pénitence, qui a été populaire au moyen âge, est en réalité fondé sur elle. Dans une version recueillie en Bourgogne au milieu du XVIIIe siècle, deux compères voyant un paysan naïf qui venait d'acheter un âne, projettent de le duper: l'un d'eux lui raconte

1. Daniel Bourchenin, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 362; Bérenger-Féraud, in La Tradition, 1894, p. 37.

2. Emile Pouvilton. Césette; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 86 ; A. Dessaix. Trad. de la Haute-Savoie, p. 9.

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