Paul Sébillot. Petites légendes chrétiennes, p
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dos histoires pour détourner son attention, pendant que son complice vole la bête, puis il le quitte ; lorsque le paysan veut monter sur son âne, il se retourne et voit une forme humaine, qui a le chevêtre sur sa tête, et qui lui dit de ne pas s'étonner, qu'il lui a été imposé comme pénitence de rester âne pendant deux ans, et que sa pénitence vient de finir *. Dans un conte littéraire en patois de la Charente, c'est pendant le sommeil d'un homme qu'un filou emmène son âne, et que son compère se met à la place de la bourrique ". En Haute-Bretagne, deux moines complotent de s'emparer de l'âne d'un meunier; l'un d'eux se fait attacher au piquet où l'âne pâturait, et quand son maître vient le rechercher au clair de lune, il voit un moine à sa place. Celui-ci lui dit qu'il a été condamné pour ses péchés à faire pénitence sous cette forme et que son temps est achevé 3.
D'autres récits localisés parlent de ces transformations comme de choses réellement arrivées. Au XVIe siècle, il y avait dans les Alpes des sorcières qui, en faisant manger un certain fromage aux passants, les changeaient en bêtes pour porter les fardeaux, puis les rechangeaient en hommes. En Lorraine une fermière qui était sorcière transformait un de ses domestiques en cheval en lui passant un mors pendant qu'il dormait et toute la nuit elle se promenait sur son dos ; une nuit où le garçon était sur ses gardes, il lui arracha le mors magique, le lui passa dans la bouche, et la contraignit, sous forme de jument, à faire le même parcours qu'elle avait l'habitude de lui imposer4. On racontait â Plougasnou (Finistère), qu'un prêtre qui passait pour magicien, ayant été mis en interdit par son évêque, alla le trouver et revint amenant avec lui un chien extraordinaire ; quelque temps après il le confia à son domestique en lui disant de l'offrir à tous les prêtres du canton et de le lui ramener si aucun n'en voulait. Aucun n'ayant consentit à prendre le chien, le prêtre ordonna à son domestique de creuser une fosse, d'y faire avancer le chien à reculons, de couper la corde et de s'enfuir au plus vite. L'homme obéit, puis quand il fut à quelque distance du trou, il se détourna, et vit sortir l'évêque de la fosse 5.
Ordinairement les loups-garous, pendant la période où ils courent, prennent l'apparence que leur nom indique ; parfois cependant ils se
i. Restif de la Bretonne. Les Contemporaines par gradation, p. 87-90.