Elvire de Cerny, in Rev. des Trad. pop., t. XIV, p
MÉTAMORPHOSES bË tYCANTHROPES U3
présentent sous celle d'un animal domestique. Dans le Maine, celui contre lequel les prêtres, qui seuls possédaient ce pouvoir, avaient fait la Kérémonie, revêtait le soir, au pardon sonnant, la forme d'un mouton, d'un bouc, d'un poulain, parfois d'un porc, et ne la quittait que le lendemain matin au son de l'Angelus ; ces gens étaient invulnérables, sauf au front ; si on en faisait jaillir une seule goutte de sang, ils redevenaient hommes aussitôt ; parfois, comme dans le récit de Restif de la Bretonne, et dans un autre de l'Anjou, le garou prie un ami de le blesser ; un domestique qui, pendant un certain nombre d'années, devait courir sous forme de chien, est délivré quand son sang a coulé, de même qu'une jeune fille que les sorciers avaient condamnée à rester truie dix ans, qu'un homme de l'Ille-et-Vilaine qui ayant fait un pacte avec le diable, courait sous l'apparence d'une levrette blanche '. Suivant un récit des Côtes-du-Nord, un bœuf qui dispersait furieusement avec ses cornes l'avoine qu'on avait mise pour la battre dans l'aire d'une ferme, fut blessé par une fourche qui resta si profondément enfoncée dans son front qu'il l'emporta en s'enfuyant. Quelque temps après celui qui la lui avait lancée, vit sa fourche à la porte d'une auberge, et un homme qui y était attablé, le remercia de l'avoir délivré en le blessant avec cet instrument ; un mouton sur lequel un bonhomme avait tiré, après avoir mis dans son fusil une miette de pain bénit, se met à se plaindre comme une personne2. Deux voyageurs de l'Albret ayant vu trois hommes disparaître derrière un buisson, dont il sortit presque aussitôt trois chiens, le fouillent et y trouvent trois vêtements, et coupent un morceau dans l'un d'eux. Plus tard, ils rencontrent à l'auberge un homme à la veste duquel manque justement ce morceau 3. En Haute-Bretagne, un soldat logé dans une maison qu'il sait être hantée, a la précaution de se cacher sous le lit ; il voit entrer une grande truie qui, après avoir fouillé les draps inutilement, vient se chauffer, ôte sa peau de truie et montre aux yeux du soldat une vieille femme ; il pense qu'elle est sous la haire du diable, et au moment où elle allonge les bras pour reprendre sa haire, il la frappe d'un coup de sabre, et fait la garde toute la nuit autour de la peau ; quand vint le jour, elle s'envola par la cheminée, et la femme cessa d'être sous le pouvoir du diable4 ; un boucher de Normandie qui
1. G. Dottin. Les parlers du Bas-Maine, p. 289; Restif de la Bretonne. Les contemporaines par gradation, p. 81 ; C. Fraysse, in Rev. des Trad. Pop., t. XX, p. 11- 13; dans la région de Baugé (Maine-et-Loire) où la croyance aux personnes condamnées à courir le garou est encore très répandue, il semble avoir toujours la forme d'un animal domestique ; A. Orain. Curiosités de Vllle-et-Vilaine. 1887, p. 11 ; Paul Sébillot. Trad., t. I, p. 292, 293-294.