Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XI, p
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s'apprêtait à saigner un beau mouton noir qu'il avait apporté sur ses épaules, l'entend dire qu'il est un de ses voisins, condamné avec six autres de ses camarades, à courir le garou pendant sept ans; eu Poitou un petit mouton garou se fait aussi transporter1.
Quelquefois c'est le diable lui-même qui a opéré la transformation d'hommes en bêles de course ou de charge : Un couturier rencontre le soir un monsieur habillé de noir, monté sur une jument toute noire aussi, qui en descend et lui dit de tenir la bride de sa monture; dès qu'il est éloigné, le couturier voit ruisseler des larmes des yeux de la jument, et il fait un signe de croix croyant voir le diable. Mais aussitôt elle recouvre la faculté de parler, et lui dit qu'elle est condamnée à servir de monture au démon jusqu'à ce qu'elle ait été blessée à sang. Dans un conte de la vallée d'Aoste, le Petit Poucet a été chargé par le diable de faire porter les plus lourds fardeaux à un mulet; celui-ci lui révèle qu'il est sa tante, ainsi changée en punition de ses fautes. Plusieurs chevaux qui se trouvent dans le château du diable, sont des personnages métamorphosés et parfois, comme la jument blanche d'un conte de marins, ils aident à l'évasion du valet du diable2.
Un conte lorrain présente un trait unique jusqu'ici en France : Le solré auquel un paysan a enlevé sa calotte rouge, le change en bourrique et ne lui rend sa forme qu'après être rentré en possession de sa coiffure 3.
Ceux qui mangent certains fruits ou certaines plantes (cf. les chapitres des Arbres et des Plantes) sont métamorphosés en animaux domestiques. La même mésaventure punit la violation d'une défense : un petit garçon devient agneaulet quand il a bu à une source interdite. C'est probablement pour n'avoir pae observa une interdiction qu'un jeune séminariste de Basse-Normandie, ayant lu dans un livre qu'il avait trouvé ouvert chez son supérieur, fut changé en chien, et revint sous cette forme au foyer de son père où, sur le point d'être chassé, il recouvra la parole pour raconter son malheur4. Parfois l'homme n'est que partiellement animal, comme le seigneur à tête de poulain d'un conte breton, qui garde cette particularité tant qu'un enfant ne lui est pas né*.
Les hommes métamorphosés conservent assez souvent la faculté de parler ; elle est aussi attribuée dans nombre de contes à des animaux
i. V. Brunet. Contes pop. du Bocage, p. 127 ; L. Pineau. Le Folk-lore du Poitou, p. 108.
2. Dr Fouquet. Légendes du Morjihan, p. 13-15; J.-J. Christillin, in la Tradition, 1903, p. SI ; Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne, t. III, p. 132.
:j. L. Cosquin. Contes, t. II, p. 264.
4. Léon Piueau. Contes du Poitou, p. 125 ; Le F.-L. du Poitou, p. 10 ; J. Fleury Litt. orale de la Basse-Normandie, p. 81-83.
5. F. -M. Luzel. Contes de la Basse-Bretagne, t. I, p. 295-301.
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qui, bien que doués d'intelligence, ne semblent pas avoir subi de transformation ; tel sont le Maître Chat, Cabriole, le chien d'Avenant, Camarade, la monture du chevalier Fortuné ; dans un conte lorrain un cheval donne à son cavalier des avis utiles, de même que la jument blanche qui figure dans des récits du pays basque, de la Haute et de la Basse-Bretagne, le cheval d'un conte basque, les mules d'un conte de marins et d'un conte lorrain, le poulain d'un récit bas-breton \
Lorsqu'il s'agit de personnages puissants ou surnaturels, leur métamorphose est presque toujours volontaire ; une fée se change en brebis afin d'éprouver le bon cœur des gens, une des filles du diable en chatte blanche, pour secourir un garçon qui lui a plu ; le bon ange d'un joueur de biniou prend l'apparence d'un mouton pour le défendre des séductions de la diablesse déguisée en belle dame ; c'est sous la forme d'une mule que le parrain d'un petit garçon l'emporte dans un palais et lui aide à accomplir les épreuves qui lui sont imposées2.
Le diable se montre sous des apparences animales variées : des personnes qui avaient été en relation avec lui confessaient que « lorsqu'il s'apparut pour la première fois, il avoit la figure d'un gros mouton noir portant ùes cornes : aussi est-il le plus souvent au Sabbat en mouton ou en bouc... et tantost en forme de chien, tantost enfariné de chat ». Suivant d'autres Satan prenait d'ordinaire la figure d'un bouc puant et salace5. D'après une croyance de la Creuse, il se change quelquefois en un gros chat noir et se place au pied du lit pour guetter au sortir du corps l'âme du pêcheur mourant. Une superstition du iMontalbanais est en relation avec cette idée : en 1875 l'abbé Daux ayant eu à administrer les derniers sacrements à une femme qui passait pour sorcière, vit un petit chat attaché au pied du lit, et les assistants lui dirent que si on le détachait personne ne resterait dans la chambre, car au moment où la sorcière expirerait, son âme devait passer dans le chat, ou à son défaut, dans la personne qui serait auprès d'elle 4.
1. Perrault. Le Chat botté; M°>e d'Aulnoy. Le chevalier Fortuné; La Belle aux Cheveux d'or ; E. Cosquin. Contes de Lorraine, t. 1, p. 133; W. Webster. Basque Legends, p. 112 : Paul Sébillot. Contes, 1892, p. 39 ; Contes de la H.-B., t. 111, p. 132 ; F. -M. Luzel. Contes, t. I, p. 100 ; J.-F. Cerquand. Légendes du pays basque, t. IV, p. 85; Paul Sébillot. Contes, t. 111, p. 85; E. Cosquin, 1. c, t. 11, p. 292; F. -M. Luzel. 1. c, t. I, p. 159.
2. A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 469; E. Cosquin. Contes de Lorraine, t. II, p. 11 ; Paul Sébillot. Légendes du pays de Paimpol. Vannes, 1894, p. 6-1 ; E. Cosquin. t. Il, p. 291.
3. Henry Boguet. Discours des sorciers, en. VII : cf. aussi ch. III, en. XII, Jean Bodin. Le Fléau des Sorciers, 1. U, ch. 6; Le Loyer. Dicl. des spectres, 1. IV, p. 352. On appelait communément Lane de Aquellare (lande de bouc) le lieu désert où se tenait le sabbat ^De Lancre. De l'inconstance des démons, p. 99).
*• E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 116; Abbé Daux. Croyances du Montalbanais, p. 13.
Le diable figure aussi, dans des circonstances analogues, et en concurrence avec un ange, dans un récit recueilli en Morvand, au XVIIIe siècle : Deux femmes qui veillent le corps d'une meunière qui n'avait pas de conscience, voient sur le lit deux gros Béliers, dont un tout noir et l'autre tout blanc, qui se disputaient, et le noir disait : C'est moi qui ai l'âme, je veux aussi avoir le Corps. Il fit la même réponse au curé qui était venu avec son grimoire ; mais le prêtre ayant fait trois signes de croix, le Bélier noir s'en alla, en fumée noire, au lieu que le Blanc monta en l'air comme une petite étoile claire l. Dans un récit du XVI8 siècle, un chat est en relation avec la mort d'un réprouvé: Une jeune fille de Quintin qui s'était donnée au diable pour avoir de beaux vêtements, fut étranglée par lui ; on la mit dans un cercueil, mais il fut impossible de le soulever ; on l'ouvrit et on ne trouva dedans qu'un chat noir, qui sortit dehors incontinent et qui disparut sans qu'on pût savoir ce qu'il devint2.
Les sorciers et les sorcières empruntent souvent la figure d'un animal domestique. C'était une chose admise au commencement du XVIIcsiècle: On a vu des sorciers se transformer en chien, en chat, en d'autres animaux en se lavant les mains dans quelque eau qui était dans un pot et reprendre leur forme quand ils voulaient. Une fille qui passait avec son père sur la montagne de lallhune rencontra trois insignes sorcières qui se transformèrent en un âne et un chien3. Suivant une croyance qui était courante au XIIIe siècle, et qui remontait encore plus haut, leur forme favorite était, comme de nos jours, celle d'un chat. Il est à ma connaissance, dit Gervaise de Tilbury, que des femmes qui avaient pris, la nuit, l'apparence de chattes, ont été atteintes par ceux qui les avaient vues, et que le lendemain on s'apercevait qu'elles étaient blessées ou qu'un de leurs membres avait été coupé4. Vers l'époque de la Renaissance « trois sorciers près de Strasbourg assaillirent un laboureur en guise de trois grands chats, et eu se défendant il blessa et chassa les chats qui se trouvèrent au lict malades en forme de femmes fort blessées à l'instant mesme : et sur ce enquises elles accusèrent celuy qui les avoit frapees qui dist aux Juges l'heure et le lieu qu'il avoit
1. Restif de la Bretonne. Les Contemporaines par gradation, p. 18-19.
2. Discours miraculeux inouï et espouvanlable d'une jeune fille qui parla vanité et trop grande curiosité de ses habits et collets à fraise goderonnée à la nouvelle mode fut estranglée du diable et son corps transformé en chat noir, en présence de tout le peuple assemblé, 1582. Rép. dans A. de la Borderie. Mosaïque bretonne. Reunes, 1893, 2e partie.
'A. De Lancre. De l'inconstance des démons, 1. I, p. 135.
4. Gervasius de Tilbury. Olia imperialia, éd. Leibnitz, p. 993.
Dans une assemblée de sorcières en Auvergne, un énorme chat prenait de l'eau avec sa queue et en aspergeait les assistants à la ronde. (Etienne de Bourbon. Anecdotes, p. 323). Cf. p. 35.
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été assailly des chats et qu'il les avoit blessés1.» Les parallèles de cette superstition sont nombreux dans le folk-lore contemporain : en Wallonie un chat noir, rencontré à minuit, fut rapporté dans une maison où il se mit à parler ; une vieille femme lui lança à la tête de la bouillie brûlante, et, le lendemain on vit une mendiante dont le visage était couvert de brûlures ; un juif d'Alsace ayantaperçu un gros chat dans un endroit hanté, comprit que c'était une sorcière qui avait oublié ses paroles cabalistiques ; il lui cassa la patte, et plus tard il vit une vieille femme blessée à la main ; à Obernai (Alsace) il faut se garder, en chassant d'une écurie le chat noir que l'on soupçonne de s'y être introduit pour nuire aux animaux, de lui briser un membre : la blessure se retrouverait identique chez quelque vieille femme du voisinage2. Un jeune homme de l'Albret qui avait tiré un soir sur une sorcière qui, pour le suivre, s'était changée en chèvre, la vit tomber, et plaça son chapelet sur elle ; le lendemain quand il l'enleva, on trouva dessous le corps d'une jeune fille 3 ; un jeune garçon ayant frappé avec son bâton une génisse qui passait sa tête au-dessus de la haie du verger où demeurait sa bonne amie, elle disparut : le lendemain, il apprit que sa belle était morte d'un coup qu'elle avait reçu dans les reins : elle se transformait ainsi pour surveiller son amoureux dont elle était jalouse4 ; en Gascogne un sorcier sous l'apparence de chien est blessé à la jambe d'un coup de feu B.
Quelquefois un objet sacré met fin au déguisement : on raconte en Wallonie qu'une bouteille d'eau bénite ayant été jetée à la tête d'un poulain qui se montrait toutes les nuits, il redevient une vieille femme6. Une jeune sorcière de l'Albret, délaissée par son amant, se changea en une chatte blanche qui se mettait sur ses genoux quand il élait chez sa nouvelle bonne amie; celle-ci l'enferma dans un sac, avec une paire de chapelets bénits, et, le lendemain, en y regardant, elle y vit la fille
1. Jean Bodin. Le Fléau des Sorciers, 1. II, p. 6, 1. IV, p. 242.
Je ne fais paroistre aux personnes ennuitées que rencontrent les sorciers allant au sabbat qu'une troupe de chats dont le prince est Marcou (Cyrano de Bergerac. Lettre pour les Sorciers). Suivant une croyance du Bas-Maine, les chats tout noirs sont des sorciers métamorphosés ; si on en tue un et qu'on l'enterre, on ne le retrouve plus le jour suivant dans sa fosse. (X. de la Perraudière. Traditions locales, p. 15).
2. Joseph Defrécheux, in Wallonia, t. IV, p. 78-79; Stauben. Scènes de la vie juive en Alsace, p. 27 ; L. Jacquot, in Hev. des Trad. pop., t. XV, p. 368.
La vicomtesse qui étoit peureuse ne douta pas qu'un chat qu'on avoit enfermé par hazard ce soir-là dans sa chambre et qui en sautant avoit cassé une porcelaine, ne fût un Lutin qui avoit paru sous cette figure. (Madame de Murât. Les lutins du château de Kernosy. Leyde, 1753, p. 66).