‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 138 sur 491 · CONTES DIVERS · texte numérisé non relu

CONTES DIVERS

des vaches et des moutons ; le diable en frappant la terre du pied en fait sortir un cheval noir très rapide ; des ossements touchés par une baguette se transforment en châteaux1.

Les animaux qui viennent au secours des personnes en danger, sans que cet acte soit motivé par un service rendu, figurent dans plusieurs contes ; un taureau bleu emporte sur son dos une jeune fille ; des chiens dérobent des aliments pour les porter à sainte Déodié, abandonnée dans le haut d'un arbre, à une fille qui s'était réfugiée dans un tronc creux, ou à la femme aux bras coupés ; une vache donne à téter à Roland ; une chèvre tresse les poils de sa queue pour en faire une corde à l'aide de laquelle elle retire un héros jeté dans un puits ; dans un conte de la Bigorre, un chat et un chien conseillent utilement une petite fille tant qu'elle leur fait manger du bon pain frais2.

Plusieurs contes, dont une version était populaire en France au XVIe siècle, parlent d'un pays où les chats sont inconnus, et où un aventurier qui en possède un fait une grande fortune 3.

Une donnée de conte très répandue est celle où le héros, de très petite taille, est avalé par une vache ou par un bœuf, et se meta parler dans le ventre de l'animal *.

Dans un conte dont il n'a été recueilli que peu de versions en France, une chèvre qui parle est envoyée au pâturage sous la garde des enfants de son maître, et bien qu'elle soit rassasiée, quand il l'interroge, elle répond qu'elle est à jeun ; le père tue cet enfant et successivement les six autres ; dans la version lorraine, elle tue son maître qui a été lui-même la conduire au pâturage ; dans celle de l'Illeet-Vilaine, c'est au contraire elle qui est alors précipitée dans un puits, et les sept garçons qui y avaient été jetés, ressuscitent3.

Le cheval d'or d'un conte alsacien, doué d'une rapidité merveilleuse, indique à son cavalier où se trouve ce qu'il est venu chercher. Lorsque

1. Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 69 ; H. Carnoy. Contes français, p. 158 (Berry) ; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 330, t. II, p. 170 ; Contes des Landes, p. 232.

2. Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 15 ; F. -M. Luzel. Légendes chrétiennes, t. II, p. 15, 93 ; Paul Sébillot. Contes de marins, p. 24; F. -M. Luzel, p. 248; Paul Sébillot. Contes, t. II, p. 214 ; Abbé L. Dardy. Anlh. de VAlbret, t. II, p. 319; J.-F. Cerquand. Lég. du pays basque, t. III, p. 15 ; Paul Sébillot, 1. c, I. III. p. 162 ; Gabrielle Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 511.

3. Nicolas de Troyes. Grand Parangon, p. 42-43 ; Paul Sébillot, in Almanach du Petit Rennais, 1884, p. 32-33, iD Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 379; Contes des Landes et des Grèves, p. 107-108 ; Contes de la Haute-Bretagne, Vannes, 1892, p. 20 ; F. -M. Luzel. Contes, t. Il, p. 145, 197.

4. E. Cosquin, 1. c, t. II, p. 147-148, cf. remarques; Paul Marchot, in Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 698 ; H. Carnoy. Contes français, p. 168 ; Montel et Lambert. Contes du Languedoc, p. 60; Nérée Quépat, in Mélusine, t. I, col. 42.

5. E. Cosqnin. Contes de Lorraine, t. 11, p. 115 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennest p. 463 ; Abbé L. Dardy. Anthologie de VAlbret, t. H, p. 337 ; Marie de Grandpré in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 369,

loi LES MAMMIFÈRES DOMESTIQUES

le héros est chez le diable ou chez le magicien, leur fille ou un animal secourable lui disent qu'il verra à l'écurie plusieurs chevaux, mais qu'il doit prendre le moins beau1.

Parfois un animal dont la chair a été mangée se retrouve intact, par la puissance de la fée ou de la divinité ; on a déjà vu, au chapitre des Eaux stagnantes, deux épisodes de ce genre (t. II, p. 393). Les Margotla-Fée qui viennent à la maison d'un fermier dépècent sa vache et la mangent; le lendemain le paysan la retrouve entière dans rétable, à l'exception d'un petit morceau que lui-même avait mangé. On raconte la même chose en Basse-Bretagne; ce sont des nains au lieu des fées2. Un singulier épisode figure dans un conte lorrain : une vieille fée dit à un homme qui désirait avoir des enfants, qu'il en aura un s'il peut se faire mordre par un chien3.

Les peaux d'animaux figurent dans les contes où la ruse peu scrupuleuse est glorifiée ; c'est ainsi qu'une peau de vache qu'un personnage a montée en haut d'un arbre, tombe au milieu des voleurs et les épouvante, parce qu'ils croient voir le diable. Le héros persuade parfois à sa dupe qu'il a vendu des peaux à un prix exorbitant ; celle-ci fait tuer les siennes, et ne recueille que des moqueries4.

Un des plus jolis fableaux est celui du testament de l'âne :

Li asne morut de viellesse Qui mult aida à la richesce, Tant tint li prestre son cor9 chier Conques non laissast acorchier Et l'enfoy ou setnetiere.

L'évêque auquel on dénonce ce sacrilège fait venir le prêtre qui lui

dit que son âne a

espargnié .XX. livres

Pour ce qu'il soit d'enfer délivres Les vos laisse en son testament.

Dans un conte du XVe siècle, il s'agit d'un chien, et le prêtre sur le point d'être mis en prison, demande à parler à son évèque, et lui dit que son chien a fait un très beau testament par lequel il lui lègue cinquante écus d'or5. Cet épisode figure dans un récit assez fruste qui

1. Henri Carnoy. Contes français, p. 94-95; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 203 ; J.-F. Cerquand. Légendes du pays basque, t. III, p. 81, 89; Abbé L. Dardy. Anth. del'Albret, t. Il, p. 25.

2. Paul Sébillot. Les Margot-la-Fée, p. 17-18; F. Le Men, in Rev. Celtique, t. 1, p. 239.

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