‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 142 sur 491 · E. Rolland. Faune pop., t. II, p · texte numérisé non relu

E. Rolland. Faune pop., t. II, p

LES NMPRElSÎES t>ES PLUMES 187

le feu dans le ciel, mais c'est le roitelet qui l'alluma. En Normandie comme en d'autres pays, le roitelet tout seul a descendu le feu qui, d'après les paysans du Perche, a imprimé deux taches rousses sous ses ailes ; en Poitou, c'est pour cela qu'il a sous la queue deux plumes frisées. A Guernesey, le rouge-gorge a traversé la mer pour apporter dans l'île le feu qui y était inconnu. En Normandie, en Haute-Bretagne et à Guernesey on raconte que lorsque les autres oiseaux virent que le plumage de l'oiseau porte-feu avait été brillé chacun, à l'exception du chat-huant, offrit une plume pour le rhabiller ; on dit même en Normandie que le rouge-gorge fut si empressé qu'il s'approcha du roitelet qui était encore en flammes ; son plumage fut rôti, et depuis il porte une tache rouge sur la poitrine1. Aux environs de Lorient, c'est le roitelet qui a été chercher le feu, non pas dans le ciel, mais en enfer : en passant par la serrure, il a roussi ses plumes ; on dit aussi en Haute-Bretagne que cet oiseau y a été prendre un tison dont il conserve la marque 2.

Suivant d'autres récits, peut-être moins anciens, ces empreintes se rattachent aussi à la légende dorée, et d'ordinaire elles attestent le rôle compatissant que ces oiseaux jouèrent dans le drame de la Passion. C'est à sa pitié que le rouge-gorge doit la couleur de son plastron, et le nom qui le désigne habituellement : En Normandie et en Haute-Bretagne, on dit qu'il suivit Jésus daus les stations de sa voie douloureuse, et qu'ayant vu une épine qui s'enfonçait dans son front, il l'enleva doucement; la tache rouge qu'il porte rappelle la goutte de sang qui perlait au front du Christ3; en Basse-Bretagne, celle du roitelet a été produite par le sang qui tomba sur sa gorge, pendant qu'il essayait d'arracher les épines de la couronne4. On raconte en Wallonie que les rouge-gorges s'empressèrent pour étancher le sang de la blessure faite par la lance au flanc de Jésus, et que ne pouvant y parvenir ils pleurèrent: depuis ils ont gardé une tache rouge sur la poitrine5.

D'après une gracieuse légende lorraine, de forme littéraire, la nuance

1. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 214 ; Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 220 ; P. Vallerange. Le clergé, la bourgeoisie, etc., p. 116 ; Léo Desaivre. Mythologie locale, 1380, p. 6-7 ; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folfc-Lore, p. 501-502 ; E. Rolland, I. c, p. 264. Paul Sébillot, 1. c. p. 209, 214. Edgar Mac Culloch, 1. c. p. 502, note.

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