Ch. Bartholomez, in Wallonia, t. II, p
\%g LKS OtSËAtJX SAUVAGES
lie de vin de la linotte des vignes a une origine en rapport avec son arbuste favori : un jour que saint Vincent, le patron de la vigne, était assis dans une cabane de vigneron du pays de Toul, dont le maître était absent, la linotte se plaignit à lui d'être toute grise, sans aucune décoration ; le saint se versa un verre de vin, et invita l'oiseau à s'y désaltérer ; comme celui-ci n'y trempait que son bec, il le saisit et le plongea jusqu'à la poitrine dans le jus, qui a taché son plastron en rouge l.
Le plumage de certains oiseaux a subi, à cause de leur manque de charité, des modifications qui l'ont enlaidi. Le chat-huant, jadis le plus bel oiseau de la terre, en est devenu le plus laid pour avoir refusé de donner une de ses plumes au rouge-gorge. On raconte aux environs de Dinan que la pie avait autrefois un vêtement dune richesse incomparable ; mais qu'elle était orgueilleuse et peu compatissante. Alors que les autres oiseaux avaient pitié de Jésus attaché à la croix, elle se mit à insulter à son supplice. Alors Notre Seigneur lui dit que, pour la punir de son mauvais cœur, elle aurait désormais, au lieu de sa brillante parure, des plumes noires et blanches, l'emblème du deuil. Des variantes de cette légende ont été recueillies en Basse-Bretagne, en Saintonge, en llle-et-Vilaine et en Wallonie2. D'autres oiseaux, autrefois d'une blancheur immaculée, sont devenus noirs à la suite d'actes coupables ou imprudents. Le corbeau resta blanc jusqu'au jour où il se présenta devant Dieu tenant dans son bec un morceau de chair humaine ; Dieu irrité le condamna à devenir le plus noir des oiseaux. On dit en llle-et-Vilaine que la corneille perdit aussi sa robe blanche lorsque, envoyée par Noé pour voir si les eaux étaient retirées, elle se mit à croquer les morts 3. Suivant un conte de l'Ain, le merle qui était du blanc le plus pur, ayant vu la pie déposer des diamants et de l'or dans le creux d'un arbre, lui demanda où elle les avait pris, et elle lui dit qu'il fallait aller trouver dans les entrailles de la terre le prince des richesses, lui offrir ses services, et qu'il lui permettrait d'emporter tout ce qu'il pourrait prendre dans son bec, mais qu'il devait se garder de toucher aux trésors étalés dans les cavernes qu'il aurait à traverser. Le merle obéit d'abord ; mais à la seconde caverne, il enfonça son bec dans la poudre d'or étendue sur le sol. Aussitôt un affreux démon parut, qui jeta sur lui feu et fumée ; le merle s'enfuit, mais la fumée vomie par le monstre ternit à jamais son plumage : il devint tout noir,