‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 146 sur 491 · Mme N. Guyot, in Kev. des Trad. pop., t. XIX, p · texte numérisé non relu

Mme N. Guyot, in Kev. des Trad. pop., t. XIX, p

160 LES OtSEAtX SAUVAGES

prairies envahies par les oies sauvages, leur commande de par Dieu

de ne plus y revenir. Les oiseaux prennent leur volée, mais au lieu

de s'éloigner :

Or s'en vont les jantes volant, Autour de l'abbaye et criant En leur langaige appelaut haut Une compagne qui leur faut.

L'abbesse fait venir ses gens et leur demande s'ils n'auraient pas

dérobé quelques-uns de ces oiseaux ; un sergent avoue qu'il en avait

pris un et l'avait mangé. Quand tous les os ont été apportés

La dame les os signa,

Moult doucement Dieu réclama

Que luy rende l'oysel volant

Ainsy comme estoit devant.

Sa prière (ut exaucée, et l'oiseau reprit sa forme première, à l'exception d'un os de la cuisse qui ne put être retrouvé ; aussi Pour un 09 qui fut faillant Vont les jantes d'un pied clochant \

Ainsi qu'on Ta vu, chacun des oiseaux offre une plume pour remplacer celles que le rouge-gorge ou le roitelet avaient perdues en allant chercher le feu. Un trait semblable se trouve dans une légende béarnaise, inspirée sans doute par la diversité de couleur du plumage du geai ; celui-ci avait été condamné à mort, et les oiseaux, après lui avoir arraché toutes ses plumes se préparaient à le pendre, lorsque survint le coucou qui fit reconnaître l'innocence du geai, et ordonna à ceux qui l'avaient dépouillé de lui donner chacun une plume 2.

Les différentes tonalités du chant des oiseaux sont l'objet d'explications, qui parfois interprètent leur chanson la plus habituelle en la rattachant à un épisode légendaire. Plusieurs de ces récits sont en rapport avec la Passion : On raconte en Ille-et-Vilaine que Jésus ayant appris que ses ennemis avaient décidé sa mort, s'en alla prier dans un champ de choux ; ses persécuteurs n'avaient pas réussi à le trouver, lorsqu'une pie se mit à chanter : « Dans les choux y est ! » un corbeau indigné s'écria : « Y n'y est pas ! » D'après une légende limousine lorsque, le jeudi saint, Judas cherchait son maître caché sous des javelles, le geai le dénonça : Jous loujavelat, sous les javelles, dit-il, en son chant, et le Roitelet de lui répondre : 7'ais-te, tros de couqui. Taistoi, espèce de coquin ! Et le fils de l'homme maudit l'oiseau bavard, qui dès lors tombera d'un mal en punition, la Saint-Jean venue3. En

1. La vie de sainte Opportune, publiée par M. de la Sicotiére, citée par L. Durai. Hôte des croyances pop. dans la protection des animaux, p. 17-18.

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